La pression de lâenfant sage en vacances, tu connais ? Que ce soit dans les lieux publics ou au sein mĂȘme de notre famille⊠Et si cette normalitĂ© Ă©tait, en rĂ©alitĂ©, issue de notre culture franco-française qui nous joue des tours ?Â
Voici trois tĂ©moignages de parents, dont deux vivent Ă lâĂ©tranger et nous font prendre du recul sur cette pression que lâon subit en France, qui serait une spĂ©cificitĂ© françaiseâŠ
Barbara, maman de deux enfants, habite dans le sud de la France et nous raconte :Â
« Je trouve quâen vacances avec les autres, il y a une sorte de pression pour que ton enfant soit sage. La fois derniĂšre, nous sommes allĂ©s chez la mĂšre dâune amie, câĂ©tait compliquĂ©, la mamie ne voulait pas que les enfants touchent au chien, fallait pas le faire courir, et Ă©videmment mes enfants ont fait tout ce que la dame ne voulait pas, ils ont Ă©tĂ© infernaux⊠Moi je suis plutĂŽt dans la douceur, je ne suis pas dans lâautoritĂ©, je ne gueule pas, ce qui paraĂźt Ă certains comme du laxisme.
Pourtant gĂ©nĂ©ralement, jâarrive au mĂȘme rĂ©sultat que ceux qui gueulent, mais les autres ont lâimpression « que je me laisse faire« , car je ne lâai pas puni. Je nâai pas envie de crier pour des choses sans importance : oui les enfants veulent jouer avec le chien, surtout quâil avait lâair dâun labrador cool et quâil voulait lui aussi jouer avec eux ! Jâai lâimpression que pour elle, câĂ©tait plus par principe car mes enfants Ă©taient âdes enfantsâ. Ce nâest pas facile Ă gĂ©rer, les gens qui attendent que les enfants se comportent comme ils le souhaitent ⊠»
Câest alors que le tĂ©moignage de Inaya et François, un couple franco-canadien, nous apporte une autre vision :

« L’Ă©norme diffĂ©rence avec le Canada, câest lâĂ©ducation. Au Canada, je trouve quâen rĂšgle gĂ©nĂ©rale, les enfants sont les bienvenus partout. Ici, cela mâarrive souvent dâavoir peur de me prendre une rĂ©flexion quand je dĂ©barque avec mes enfants. Ici les parents se situent plus dans un rapport de domination avec lâenfant, alors quâau Canada lâenfant est plus considĂ©rĂ© Ă Ă©galitĂ© avec lâadulte, mĂȘme si pour autant câest quand mĂȘme le parent qui va prendre les dĂ©cisions ; ils sont beaucoup plus bienveillants. On a de nombreux amis qui sont en couple mixte franco-canadien, et Ă chaque fois câest le parent français qui crie sur les enfants. Pourtant ils ont les mĂȘmes enfants.
Câest dâailleurs lâĂ©ducation dans sa globalitĂ© qui est moins top-down, moins dans le rapport de force, jâai fait mes Ă©tudes universitaires en mĂ©decine en France, et la troisiĂšme annĂ©e au Canada. En France, les cours sont dans un amphithéùtre, il n’y a aucun relais avec le prof, et surtout tu as l’impression quâil va essayer de te piĂ©ger Ă l’examen en t’interrogeant sur le petit truc sur lequel il nâa pas trop insistĂ©. Alors qu’au Canada câest tout lâinverse, les profs connaissent chaque Ă©tudiant, il te dit âvenez dans mon bureau si vous avez besoin dâaideâ, et il insiste sur les choses Ă bien retenir car cela pourrait tomber Ă lâexamen. »
Pour ClĂ©mentine, qui habite Ă Zurich (423 000 habitants, la plus grande ville de Suisse), ce Nokidsfriendly est typiquement français. Quand elle vient passer ses vacances en France avec ses enfants, elle sâĂ©puise davantage que quand elle est en Suisse :
« Ici, je suis beaucoup moins crispĂ©e par le regard des autres quâen France. La fois derniĂšre, quand jâĂ©tais en Provence, cela a Ă©tĂ© un choc, car je nâai plus lâhabitude. On Ă©tait au musĂ©e dâAix-en-Provence, les garçons Ă©taient super, ils Ă©taient intĂ©ressĂ©s par les toiles, et Ă un moment notre fils a couru pour nous rejoindre, et lĂ , le gardien est tout de suite intervenu : âOn nâa pas le droit de courirâ. Mon mari a pris notre fils sur les Ă©paules et idem, le gardien lui a dit que lâon nâavait pas le droit, câĂ©tait trop dangereux. Câest comme si on considĂ©rait que lâenfant Ă©tait tolĂ©rĂ© dans le musĂ©e au lieu de vouloir faire lâinverse, et quâil se sente bienvenu, et lui faire adorer son expĂ©rience au musĂ©e.
Ensuite, on Ă©tait dans la boutique de souvenirs, mon fils sâest avancĂ© pour regarder lâĂ©talage, sans voir quâil passait devant une dame qui regardait des flyers juste Ă cĂŽtĂ©. Elle lui a jetĂ© un regard noir, on avait lâimpression de la dĂ©ranger dans sa vieillesse. Pareil quand on est rentrĂ© dans une boutique, la vendeuse lui a dit de ne pas toucher. Mais pourquoi part-elle du principe quâil va casser un truc ? Pourquoi nâaurait-il pas le droit de toucher ?
En fait, en France, câest comme si je devais tout le temps tenir mes enfants, lâenvironnement nâest pas fait pour ĂȘtre zen. Comme si câĂ©tait sans cesse Ă lâenfant de sâadapter (au musĂ©e, au resto, dans la rue, etc.). Câest âla loi de la domination de lâadulte sur l’enfantâ. Il faut que les enfants soient sages, quâils ne bougent pas, et lĂ , on les adore !
AprĂšs le musĂ©e, on a Ă©tĂ© au restaurant, on sâinstalle, et le serveur enlĂšve directement les verres Ă vin des enfants. Mon fils lui demande sâil peut plutĂŽt le garder. Et cela s’est transformĂ© en sketch de nĂ©gociation avec le serveur qui lui a fait promettre de ne pas le casser. Cinq minutes plus tard, un autre serveur arrive pour encore remplacer le verre ! Quel pataquĂšs et quelle complication pour un verre Ikea Ă 3⏠!
AprĂšs 10 jours de vacances en France, câĂ©tait trop pour moi. âOn se casse, on rentre Ă la maison.â J’avais eu la sensation dâavoir des successions de micro-agressions, que je pense que les parents français ne voient mĂȘme plus. JâĂ©tais constamment sur mes gardes, jâavais lâimpression de faire chier les gens avec mes enfants, alors que, pourtant, ce sont des enfants normaux, je dirais mĂȘme quâils sont plutĂŽt sages. MĂȘme dans le train, les enfants jouaient aux cartes, et on avait lâimpression de dĂ©ranger, alors que, derriĂšre, une dame a passĂ© un coup de fil haut et fort et personne ne lui a fait une remarque.
Cette sensation de devoir mâexcuser dâavoir des gosses, pour moi, c’est une vision Ă©gocentrique et absurde. Tu ne sais pas si cet enfant que tu as du mal Ă tolĂ©rer, cela ne va pas ĂȘtre celui qui va sâoccuper de toi quand tu seras vieux. Je ne suis pas dâaccord avec ce discours : ‘â‘tu as voulu ces gosses, tu te dĂ©merdesâ, non, ces enfants, ils sont aussi lĂ pour notre bien-ĂȘtre Ă tous, pour le futur de notre sociĂ©tĂ©, ils doivent avoir leur place partout, et tout le monde a un certain degrĂ© de responsabilitĂ©. »
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