rentrée en maternelle

C’était la première rentrée en maternelle de Joy… Que d’enthousiasme à l’idée de cette première rentrée ! Elle allait faire des tas d’activités, rencontrer des copains, et au vu de sa nature sociable et curieuse, cela ne présageait que du bon…

« Ça va être super, tu vas voir. Le matin, vous allez commencer par « l’appel ». Et puis, il y aura plein d’activités. Ensuite, il y aura la récréation pour vous amuser. Il y aura sûrement des enfants qui pleureront le premier jour, mais c’est parce qu’ils ne savent pas que cela va être super ».

Oui, nous étions positifs et elle l’était aussi par conséquent.

Sauf que le lendemain de la rentrée, tout le monde pleurait. Et Joy, clairement, prenait sur elle pour ne pas faire de même.

Évitons de créer des attentes exagérées

Et si se montrer si positif n’avait pas été la meilleure stratégie pour cette rentrée en maternelle ?

En disant à Joy que ça allait être super, cela a eu l’avantage de la booster pour la rentrée. Mais quand elle l’a vécue, ce n’était pas aussi facile à vivre que nous lui avions laissé entendre. C’était évidemment stressant.

C’est exactement comme s’expatrier dans un nouveau pays, où nous ne connaissons personne. Rationnellement, c’est génial, mais émotionnellement, ce n’est pas si facile. Pour nos enfants, c’est pareil : c’est être plongé dans un environnement inconnu, avec de nouvelles personnes, de nouveaux camarades, de nouvelles règles… On vous emmène à droite à gauche, et vous ne savez pas à quelle sauce vous allez être mangé. C’est loin d’être « simple ».

« Je n’ai pas envie d’aller à l’école », comment réagir ?

Le deuxième jour arriva et elle nous dit « Maman, Papa, je ne veux pas aller à l’école aujourd’hui ».

Ne faisons alors pas l’erreur de chercher à raisonner notre enfant avec la classique phrase « Mais si enfin, c’est génial ! Ta maîtresse est super gentille, je suis sûr que tu vas te faire des amis ! »

Tenter de rassurer « rationnellement », ça n’aide pas à avoir moins peur de cette rentrée scolaire… 

Imaginez une expérience. Mettons que l’on vous oblige à vous enfermer dans une salle avec des centaines de souris, pour que vous puissiez voir de près comment elles vivent. Après une première séance, vous avez une peur bleue des souris. Vous dîtes à votre ami qui a eu la bonne idée de vous emmener dans ce drôle de zoo, que vous n’avez plus jamais envie d’y retourner. Il vous répond alors « Mais enfin, c’est génial ! Il n’y a vraiment pas de quoi avoir peur. La petite bête ne mange pas la grosse. Je suis sûr que tu vas t’habituer ! ». Vous diriez-vous alors aussi simplement « Oh il a raison, je vais vite y retourner » ?

Pas vraiment, vous avez l’impression d’être pris pour un idiot car vous avez peur, vous avez presque honte de votre ressenti, et vous n’êtes pas prêt d’en parler de nouveau avec lui. Vous risquez de continuer à lui dire « Je n’ai pas envie d’y retourner » sans lui donner de raison.

Pour notre enfant, en ce jour de rentrée des classes, c’est la même chose. N’essayons pas de le raisonner : non seulement ce n’est pas efficace et en plus cela risque de le refréner à exprimer ses angoisses. Or, c’est justement comprendre son angoisse et l’exprimer, qui va l’aider à la surmonter !

Rentrée en maternelle : chercher à comprendre l’origine de la peur

Nous avons donc opté pour l’ÉCOUTER plutôt que la raisonner :

  • « Tu ne veux pas aller à l’école ?»
  • « Non. » (si mon enfant avait été plus grand, il aurait probablement de lui-même expliqué pourquoi. Étant donné qu’elle ne disait rien, je lui fis des suggestions).
  • « Tu ne veux pas aller à l’école car tu trouves que la maîtresse n’est pas gentille ? Ou est-ce que c’est la cour de récréation que tu n’aimes pas ? »
  • « Oui, parce qu’il y a des grands qui me traitent de bébé. »
  • (On se retient une nouvelle fois de raisonner notre enfant en lui disant « Mais tu n’es pas un bébé…») « Ah oui je comprends que tu n’aimes pas que les grands te traitent de bébé, c’est très vexant. »
  • « Oui, parce moi je ne suis pas un bébé. »
  • « Je suis d’accord avec toi, tu n’es pas un bébé. Comment est-ce qu’on pourrait faire pour que cela ne t’embête plus qu’il te traite de bébé ? »

Les clés pour bien écouter :

  • essayer de ne pas chercher à raisonner l’enfant ;
  • comprendre pourquoi il a peur, afin de l’aider à identifier ses craintes en les reformulant. Être conscient d’où vient sa peur (« je n’ai pas peur des souris, mais qu’elles me montent dessus ») est un premier pas pour tempérer sa peur ;
  • lui montrer qu’on le comprend, afin qu’il se sente soulagé de sentir que sa peur est tout à fait « normale ». On peut aussi lui dire « Moi aussi, tu sais, quand j’étais petit j’avais peur d’aller dans la cour de récréation », il se sentira déjà beaucoup mieux !

Quelques jours après la rentrée en maternelle, Joy ne nous parlait plus de ses problèmes de récréation. Il semblerait pourtant qu’elle n’ait appliqué aucune de nos suggestions. Le simple fait d’en avoir parlé, de s’être sentie écoutée, d’avoir pris conscience que ce n’était pas la cour de récréation qu’elle n’aimait pas, mais les grands qui venaient la traiter de bébé, l’a aidée à ne plus avoir peur de la récréation en soi. Cela l’a aidée à tout simplement éviter les grands ou à ignorer leurs insultes.

Cette attention particulière qui vise à accueillir et reformuler s’appelle l’écoute active et est une méthode utilisée par bon nombre de coachs et psychologues. Nous avons procédé de la même façon, quand Joy a dit plus tard ne plus aimer l’école.

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Prendre le temps de questionner pour bien préparer la rentrée en maternelle

La petite section de maternelle s’est finalement bien passée et pour sa rentrée en moyenne section, nous sommes restés attentifs. Elle savait davantage à quoi s’attendre, elle savait qu’elle ne serait plus dans la même classe, ni avec la même maîtresse, et peut-être pas avec ses copains. Un week-end en fin de vacances scolaires, bien qu’elle ne semblait aucunement angoissée par cette nouvelle rentrée en maternelle, j’ai opté pour lui poser la simple question : « Tu sais que mardi prochain, c’est le premier jour de classe ! Est-ce que tu es contente ? Est-ce que tu as un peu peur ? » (Avec un ton qui lui laisse sans honte choisir la deuxième option).

  • « Oui j’ai peur » (autant vous dire que je ne m’attendais pas à cette réponse !)
  • « C’est normal d’avoir peur. Tu sais, tout le monde a un peu peur à la rentrée, de quoi as-tu peur ? » (Je reformule ses sentiments, pour qu’elle se sente comprise)
  • « J’ai peur d’aller au truc où papa va le soir… Tu sais… Je sais plus comment ça s’appelle. »
  • « Ah bon ? Euh… Papa, le soir… Il peut aller à la piscine… dans des bars voir des amis… travailler ? »
  • « Non, ce n’est pas ça… Tu sais le truc où je suis allée aussi ! »

Après mure réflexion, je trouve enfin ! « Au cinéma ! ». « Oui !!!! J’ai peur de la rentrée, parce que je ne veux pas aller au cinéma ! »

Elle confondait avec le centre de loisirs… Oui, ça vaut le coup de comprendre les craintes de nos enfants et de les laisser les exprimer ! Car si nous avions répondu à Joy « Mais non, ça va être super, n’aie pas peur ! », nous aurions été à côté de la plaque…

Garder la raison et le contact avec le maître ou la maîtresse

Bien sûr, les problèmes des enfants nous paraissent parfois dérisoires et ils s’habituent rapidement ! Ce n’est pas pour autant qu’il faut nier leur souci. Et dans l’extrême inverse, faire une montagne de chaque petit problème n’aidera pas notre enfant à s’en détacher ! Comme nous l’avons vu, ces petites appréhensions se dégonflent parfois d’elles-mêmes lorsqu’elles sont exprimées.

Parfois, cela peut durer, voire s’installer. Inutile d’attendre la phobie scolaire pour en parler. En discuter avec l’instituteur ou l’institutrice en présence de l’enfant peut parfois donner un éclairage qui va faciliter la relation. Et faute de pouvoir forcément « résoudre le problème », cela permettra au maître/maîtresse ou à l’ATSEM qui intervient également dans la classe d’être plus attentifs aux besoins spécifiques de notre enfant…

La rentrée ne sera pas forcément « facile » ni « simple » et je ne vous souhaite pas à tout prix une « bonne » rentrée, mais je vous souhaite qu’elle soit pleine de complicité.

Commentaires

Commentaires

9 réponses
  1. Audrey P.
    Audrey P. dit :

    En tant qu’enseignante de petite section, je peux aussi vous dire que, très souvent, l’enfant exprime des peurs à la maison, fondées sur une seule minute de sa journée, alors que tout le reste s’est très bien passé ! (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’intéresser à cette petite minute, bien sûr, mais pensez à ne pas généraliser un mauvais souvenir de la journée à l’entièreté de la journée !)

    Autre chose : allez en parler avec l’enseignant ! La plupart du temps, la maîtresse saura vous rassurer, rassurer votre enfant, ou au moins fera un peu plus attention à lui. Il ne faut surtout pas hésiter à ouvrir le dialogue devant l’enfant pour qu’il comprenne que parents et maîtresse veulent prendre soin de lui et qu’en cas de souci il doit aller voir la maîtresse (pas forcément évident pour beaucoup de petits).

    Bonne rentrée à tous ! (très impressionnante en petite section pour les pleurs mais, promis, ça va mieux dès que les parents ont quitté la classe et que l’on peut distraire les enfants)

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  2. Paul
    Paul dit :

    Des mots justes qu’il fallait rappeler et une expérience que je vous remercie d’avoir partagé !!! L’écoute active c’est LA solution. Pour des parents qui veulent rassurer toujours c’est le meilleur moyen et pas toujours évident à mette en pratique ou en réponse réflexe alors merci pour ce rappel et belle rentrée à vous aussi pleine de complicité et d’ecoute !!

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  3. Martine de Vigan
    Martine de Vigan dit :

    toujours aussi pertinents vos articles ! bravo ! même si c’est plus facile à comprendre qu’à faire, tant est ancrée en nous l’habitude de nier la peur !!, genre « tu n’es pas une mauviette quand meme ! », ou les « ma fille (ou mon fils ou les garçons) ne pleure pas  » si repandue depuis plusieurs générations !
    Paisible rentrée à vous et à Joy,

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  4. Alice u
    Alice u dit :

    Bonjour,
    Merci pour cet article qui tombe a pic! ?
    Dedans, vous prenez l’exemple de la cour de récréation et donc l’enfant a déjà passé la première journée donc ses peurs sont basées sur qqchose et il sait les expliquer. Mais comment désamorcer les peurs de l’inconnu du premier jour? Avant même que l’enfant n’y soit allé. Mon 3 ans me dit déjà qu’il veut que je reste avec lui. Je vois déjà le moment où il ne voudra pas lâcher ma main…merci d’avance

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  5. Inès
    Inès dit :

    Merci pour cet article rassurant aussi pour les parents ! La première rentrée ne va pas être facile, et c’est intéressant de réfléchir à cette communication plus active et participative avec son enfant!

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  6. Celine Newstart
    Celine Newstart dit :

    Merci pour cet article qui illustre combien l’écoute active change tout dans la relation à l’autre. En tant que parent, on fait naturellement des projections sur nos enfants et il est toujours bon de se rappeler ce qu’est la vraie écoute pour nourrir la complicité entre nous.

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  7. NGUYEN CADORET
    NGUYEN CADORET dit :

    Bonjour,
    En parlant de positivité, je trouve qu’on ne parle pas assez des écoles Montessori. Pour avoir testé 2 modèles d’apprentissage différents, je prône à 100% Montessori !
    Les enfants de maternelle sont heureux d’aller à l’école, ils apprennent vite (très vite !) tout en jouant, quitte à répéter du matin au soir les mêmes gestes et réflexions, que c’est surprenant !
    N’oublions pas qu’il y a des écoles Montessori publiques, et non pas que des privées…
    Je suis une maman reconvertie du monde des voyages en artisan pour accessoires d’école maternelle et c’est un vrai plaisir de travailler des objets aidant pour l’autonomie à 100%, tout comme l’état d’esprit de l’école Montessori de mon fils cadet. J’aide à aimer l’école dès l’entrée de jeu, que ce soit un vrai plaisir et non une obligation (blog Facebook et Instagram
    : latelierdubonpoint)
    Si on pouvait les laisser tranquilles avec les tests trop tôt, qu’ils apprécient le jeu à l’école, donnons leur la chance d’aimer tout simplement, une longue vie scolaire les attend 🙂

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