enfant pleure

Il est tombé, il s’est fait une petite égratignure de rien du tout et voilà : mon enfant pleure et se roule par terre de pseudo douleur ! « Oh ça va , c’est pas grave ! Regarde : tu ne saignes même pas, il n’y a pas de quoi en faire tout un pataquès ! »

Je me suis souvent dit que, si nous n’accourons pas à chaque fois que notre enfant tombe pour lui dire “Oh mon chéri, j’espère que ça va”, il se relèvera d’autant plus facilement et sera moins incité à chouiner pour un rien.

Quand Léon et Joy étaient bébés, ils se prenaient des gamelles, des coups sur la tête et ne disaient presque “rien”. Nous étions d’ailleurs impressionnés par le fait qu’ils soient si “insensibles” à la douleur. D’ailleurs, quand on sait ce qu’ils endurent pour la poussée des dents, cela me laisse à penser que nos enfants bébés sont sans doute plus endurants face à la douleur que nous…

Puis mes enfants eurent une nounou plutôt adepte du « bisou magique ». Si bien qu’à chaque fois qu’ils se faisaient mal, ils prirent l’habitude de venir nous réclamer leur “bisou magique”. Clairement, avec ce genre de méthode, on donne de l’importance à la moindre égratignure, du coup, par effet de miroir, l’enfant en fait autant. En soi, ce n’est pas “le bisou magique” qui pose un problème, mais plus la compassion exagérée qu’on pourrait glisser derrière pour une égratignure qui n’en mérite pas.

Jusqu’au jour où moi-même, je me suis fait mal…  Comme les enfants généralement se comportent avec les autres comme nous nous comportons avec eux, mes deux enfants se sont naturellement précipités sur moi pour me demander si ça allait et me faire des “bisous magiques”. Et j’avoue que j’ai kiffé que mon mal soit  ainsi considéré !

Alors que penser ? Quand notre enfant pleure, faut-il le consoler pour qu’il fasse de même avec les autres, ou banaliser ses petits bobos pour qu’il ne se plaigne pas pour un rien ?

Mettons-nous en situation. Si moi, je rate la dernière marche de l’escalier du métro et me rétame comme une belle crêpe (je préfère à « merd.. »)  pour tout de suite me relever bien que je me sois fait mal : comment aimerais-je que les autres réagissent ?

Scénario 1 : Imaginons que le passant qui assiste à la scène s’exclame d’un  “Bravooo !”, comme nous parents pourrions le faire avec nos enfants…  Clairement je n’ai pas de mérite à tomber et je risquerais de prendre ces félicitations pour du foutage de gueuleNos enfants doivent halluciner …

Scénario 2 : Le passant se précipite sur moi pour m’aider à me relever et d’un air très inquiet me lance des “ça va ? ça va ?”. Je ne serais pas à l’aise avec cette exagération : j’ai juste loupé la marche, tomber d’1m70 quand on a 33 ans ne mérite tout de même pas qu’on me prenne pour une grande blessée. Pour nos enfants, c’est peut-être un peu différent, car eux ont moins de recul que nous et sont de vraies éponges. Si l’on se précipite sur eux et qu’on leur montre à quel point on a eu peur qu’ils se fassent mal, très clairement on risque de leur communiquer notre peur et de les inciter à donner de l’importance à une chose à laquelle ils n’en accordaient pas.

Scénario 3 : Le passant qui a vu la scène ne fait rien, alors que je me suis quand même fait mal. J’avoue que je serais un peu vexée. Et si c’était mon homme qui était à côté, j’avoue que je serais peut-être tentée de me plaindre davantage, histoire qu’il ne prenne pas ma chute à la légère !

Scénario 4 : Le passant (ou mon homme) me dit « ça va ? vous ne vous êtes pas fait mal ? Je peux vous aider ? » d’un ton qui montre une sincère attention envers moi mais sans laisser transparaître une quelconque inquiétude qui m’inquiéterait moi-même.  Voilà ce que je trouverais de bon ton !

Pourquoi n’adopterions-nous pas cette même attitude avec nos enfants ?

À quoi bon ajouter de l’inquiétude aux accidents ? Si mon enfant pleure parce qu’il est tombé, le seul à connaître son degré de douleur, c’est lui. Alors pourquoi ne pas plutôt laisser l’enfant mesurer lui-même l’importance de sa chute ?

Mais si mon enfant pleure exagérément ?

Si malgré ça l’enfant pleure exagérément, il est en quelque sorte un peu dans la situation n°3 : il pleure beaucoup parce qu’on est là et qu’il veut être consolé. Il VEUT notre attention et il pense que c’est le seul moyen de l’avoir et d’éviter qu’on lui dise “ce n’est pas grave”. Exactement comme moi dans le scénario n°3, si mon homme ne portait aucune attention à mon mal et que je m’étais quand même fait mal,  j’aurais limite envie de me demander jusqu’à quel point il faudrait que je me fasse mal pour qu’il daigne considérer mon mal. Agissons donc en conséquence : plus notre enfant aura l’attention dont il a besoin, moins on l’incitera à sur-jouer.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut se montrer inquiet et donner trop d’importance à cette égratignure, mais simplement qu’il faut considérer son enfant et lui donner l’attention dont il a besoin à ce moment-là : « Viens, je vais prendre 5 minutes avec toi pour te chouchouter et te soigner. Tu veux un bisou magique ? ». À la différence de la situation précédente, je ne suis pas dans le schéma où lui ne se plaint pas et où moi je donne de l’importance à quelque chose qui n’en a pas pour lui, mais dans la situation où j’entends son mal et où je lui donne l’attention dont il a besoin.

Cela me fait penser aux enfants, cas assez classique, qui somatisent (rhumatismes, eczéma etc.) parce que c’est un moyen efficace d’obtenir l’attention de leurs parents. En privant notre enfant de l’attention qu’il demande, on ne l’incite pas à “se raisonner”, mais à l’inverse on fait grandir son manque d’affection et on l’incite à exagérer son mal pour essayer d’obtenir enfin cette attention.

Donc, pour l’éviter, on a tout intérêt à le consoler à sa juste mesure, à prendre soin de lui et non à lancer un “Mais c’est pas grave !”. Car si : dans sa tête « c’est grave ».

Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut accepter cette exagération !

Lui donner de l’attention n’empêche pas de l’inviter à s’exprimer autrement, mais toujours en le considérant “Tu as l’air d’avoir mal au genou, tu sais, dans ce cas, tu peux me dire “Maman, j’ai trop mal au genou, tu peux me soigner ? (sur le ton gentil avec lequel vous aimeriez qu’il vous le dise : le pouvoir de l’imitation) et je te soignerai avec grand plaisir, tu n’as pas besoin d’hurler”. Et, pourquoi pas, l’inviter à formuler ainsi ses hurlements.

Il y a de fortes chances que lui proposer cette alternative pour parvenir à ses fins sans surjouer soit bien plus efficace que le classique :  “Arrête de hurler comme ça, c’est pas grave !” qui, à la limite, pourrait lui donner envie de vraiment se casser la jambe, histoire d’être enfin considéré !

Cool Parents Make Happy Kids

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