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Lors de la mort d’un proche, comment aider notre enfant à faire son deuil ? Faut-il user d’images de départ au ciel, ou expliquer plus clairement la vérité ? Accepter ou refuser de l’emmener à l’enterrement ? Je souhaitais vous livrer ma vision des choses, dans l’optique peut-être d’alimenter votre propre réflexion, même si je n’ai sûrement pas vécu les situations que certains d’entre vous ont peut-être vécu. En espérant ne heurter personne tant le sujet est délicat…

 

Leur dire la vérité, toute la vérité ?

Parfois, lorsque le sujet est grave ou douloureux, on souhaite avant tout “protéger notre enfant” et, partant, ne pas lui dire la vérité. De peur de lui faire de la peine, et de le rendre triste.

« – Ton grand-père est parti au ciel.

– Ah bon, il est avec le Père Noël ? »

Non, il n’est pas avec le Père Noël, en fait c’est moi qui n’ose pas être claire avec toi parce que c’est moi-même qui aie du mal à mettre des mots là-dessus… car c’est en fait à moi que ça fait le plus de peine. Bien sûr, ça, on ne le dit pas ! Mais c’est ce qui se passe souvent en nous.

Souvent, leur dire la vérité nous renvoie à notre propre chagrin. Cependant, ce qu’on oublie parfois, c’est à quel point les enfants sont plus forts que nous – ne les sous-estimons pas. Combien d’enfants, petits, perdent l’un de leurs parents, ou les deux, ou un frère, une sœur, et une fois devenus adultes, ne vivent pas forcément cela comme une déchirure au quotidien ? Il n’est pas important, mais essentiel que nos enfants puissent eux aussi faire leur deuil, et qu’ils comprennent vraiment qu’ils ne reverront plus cette personne de leurs yeux.

« – ll est mort, ma chérie. Son corps ne bougera plus, ne parlera plus, ne verra plus, n’entendra plus. »

Ne cachons pas la mort à nos enfants, car c’est elle qui donne aussi tout son sens à notre vie.

“- Oui mon cœur, une amie de Papa est morte, elle s’est fait écraser par un train hier.”

Plus la mort fait partie de notre quotidien, moins il est difficile aussi, peut-être, de l’accepter et de la surmonter. À une époque, il était très courant pour une femme de perdre son enfant à la naissance. Il était également courant que sur 7 accouchements (les gens avaient alors beaucoup d’enfants), un des enfants n’atteigne pas les 2 ans. Dans ces conditions, et sans empêcher bien sûr la peine et la douleur, il était plus « simple » – avec tous les guillemets possibles bien entendu – pour les mères de dépasser cette blessure (aussi impossible cela puisse nous paraître aujourd’hui), du fait que cela faisait partie du quotidien et d’une certaine « normalité ».

Alors, faut-il les emmener à l’enterrement ?

Ces célébrations sont importantes pour nous, adultes, car elles nous aident à prendre conscience que la personne est réellement partie ; c’est une étape indispensable pour entamer son deuil. Par conséquent, il n’est pas forcément avisé non plus de laisser notre enfant dans le flou, car son imagination le laissera toujours dans une sorte d’attente que cette personne revienne.

Si nous avons besoin d’aller à l’enterrement, ou, pour d’autres, de voir la personne décédée pour y croire vraiment et faire le deuil, pourquoi est-ce que lui, l’enfant, n’aurait pas ce besoin, et par là-même, ce « droit » ? Pour avoir personnellement assisté à beaucoup d’enterrements en présence d’enfants, dans mes expériences les petits étaient  de loin les plus joyeux de l’assistance. Ce sont eux qui vivent la situation avec le plus de légèreté (même si, évidemment, cela ne veut pas dire qu’ils n’en sont pas affectés !). Là encore, c’est souvent nous, adultes, qui par peur de nos propres émotions, essayons de protéger notre enfant – comme si inconsciemment nous tentions de nous protéger en même temps.

Ma grand-mère a perdu son frère (qui avait un an d’écart avec elle) à l’âge de 8 ans. Clairement, ce n’est pas pour le frère ou la sœur que ce genre de décès est le plus dur, mais pour les parents. Et nous transposons notre douleur sur l’enfant qui est, en fait, moins impacté.

Plus l’enfant est jeune, moins il sera conscient de ce qui se passe, et moins il y a d’objections à l’y emmener, au contraire. Comme je vous le disais, se familiariser avec la mort permet plus tard de mieux la vivre. Et quand l’enfant devient un peu plus grand, pourquoi ne pas lui demander son avis ? Finalement c’est pour “son bien à lui “ que l’on fait ce choix, pas pour le nôtre. Et notre petit, bien plus connecté à son cœur que nous le sommes, saura très bien ce dont son cœur a envie, et ce qui lui fait peur. A condition bien sûr de lui expliquer ce qui va se passer de façon claire :

“- Voilà comme ça va se passer : on va mettre la boite dans lequel est son corps sous la terre (ou : on va brûler son corps), est-ce que tu veux-tu venir ? Qu’est-ce que tu ressens ?”

Notre enfant n’acceptera jamais d’aller à un événement qu’il n’a pas envie de voir, ou qui lui fait peur. Mais si c’est important pour lui, même si c’est nous qui finalement avons peur et la transposons sur lui, respectons son souhait, car ça signifie qu’il a besoin d’assister à cela.

Une dernière fois : j’espère n’avoir blessé personne avec cet article, et n’estime pas détenir toutes les vérités sur le sujet ! Je donne une possibilité de réponse suite à mes observations et études sur la question. Chaque histoire est personnelle, et chacun d’entre vous fera certainement ce qui lui semble le meilleur pour son enfant dans chaque circonstance. C’est un sujet extrêmement douloureux mais qui méritait d’être abordé, et j’espère avoir pu vous apporter un élément de réponse.

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Commentaires

Commentaires

35 réponses
« Anciens commentaires
  1. Angélique
    Angélique says:

    La mamie très affectueuse d’un copain de mon fils de 5 ans et ma meilleure amie sont décédée à 1 semaine d’intervalle. Je dis à mon fils « cela fait beaucoup » il me répond « ben non elles sont deux à être mortes c’est pas beaucoup !». Je suis alors étonnée de sa réponse puis me dis qu’en fait ça fait beaucoup pour moi il n’a pas la même vision. Ils sont plein de ressource nos amours!

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  2. perez
    perez says:

    Ma fille hospitalisée pour des douleurs rénal et dans la jambe, une fois a la clinique ils lui ont découvert un cancer au bassin, au poumon ,dans le dos, après un IRM, ils lui ont fait plusieurs autres examen, a l’ hôpital ils lui ont dit c’est peut être une hernie anti inflammatoire et renvoyé chez elle; au bout de 5 mois de radiothérapie et de chimio elle est décédés âgé de 35 ans et ses enfants de 9 et 10 ans ont était suivie par une psychologue du début a la fin les enfants ont mieux supporté l’enterrement que certain adultes.

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  3. Anonyme
    Anonyme says:

    Un sujet douloureux effectivement mais la mort fait partie de la vie, merci d’en parler. Je rejoins l’une d’entre vous : dire la vérité avec des mots simples. Ne pas leur cacher parce qu’on le dit assez souvent : nos loulous sont des éponges, ils savent. Perso, j’ai parlé du ciel, du fait qu’elles ne les verra plus. Mais j’ai précisé : ces personnes parties au ciel seront toujours dans ton cœur. Alors tu as le droit de penser à elles, de leur parler, de ne pas les oublier.
    Le sujet du cimetière est délicat. Je n’ai pas su en parler. J’ai juste expliqué rapidement que le corps était sous terre mais que l’âme était au ciel. Que le cimetière c’est un endroit particulier pour y penser + fort. Je n’ai pas eu + de questions…
    Une chose est sûre, nos enfants sont dans le présent. Ils sont très forts et aident les adultes à passer ce moment douloureux qui fait simplement parti de la vie. Tout à une fin. Point. Next.

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    • ANONYME
      ANONYME says:

      Merci,ces commentaires me font ènormèment de bien, sujet difficile à aborder
      dans ces moments douloureux. moment très rècent , le 15 avril 2019. Notre

      petit bout de 4 ans nous aidera à surmonter. elle a vu sa mamie sur son lit de mort. Elle sait que mamie est partie. POINT

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  4. Camille
    Camille says:

    Chère Charlotte,
    Tout d’abord, bravo et merci pour ce fabuleux site et tout ce que vous faites !
    Merci pour cet article, dont le sujet est en effet très important et pas facile à aborder. Vous avez raison, il faut parler aux enfants, et expliquer, même si c’est parfois très dur. Si je me permets de réagir, c’est que malgré tout la délicatesse dont vous faites preuve, j’avoue être déçue en tant que croyante que vous ne mentionnez pas du tout l’aspect religieux qui sous-tend cette question de la mort, et de ce qu’il y a après, mais je comprends que ce soit délicat et difficile…
    Selon moi, il est important d’abord en effet d’expliquer ce qui s’est passé, et de dire que la personne ne reviendra plus, qu’on ne la verra plus, etc, comme vous dites. Mais il va totalement de soi pour moi de dire « il ou elle est parti(e) au Ciel », qui n’est pas qu’une jolie expression que l’on utilise pour cacher la réalité, ou un simple euphémisme, mais vraiment une expression religieuse en réalité, porteuse de sens pour ceux qui croient… Bien sûr, il faut l’expliquer. Ce n’est pas dans le ciel avec le Père Noël en effet !
    Les chrétiens croient que la mort n’est pas une fin mais, au contraire, un commencement, une nouvelle naissance, car elle est un passage vers une nouvelle vie avec Dieu, au Ciel. J’explique à mes enfants que ce n’est pas vraiment dans les nuages mais un endroit invisible, que personne ne peut décrire mais dont on sait qu’on y est très heureux, parce que c’est comme le grand « rendez-vous d’amour » que nous avons attendu avec celui qui nous a créé et qui nous aime plus que tout, comme un Père ! Il y a un petit livre très bien fait qui s’appelle « Parle-moi du Ciel », qui explique beaucoup de choses à ce sujet, dans une vision chrétienne.
    Je m’excuse si j’ai heurté ou agacé à mon tour, j’ai juste ressenti le besoin d’évoquer cette dimension, à mes yeux essentielle. Merci beaucoup de votre attention.

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    • Charlotte - CPMHK
      Charlotte - CPMHK says:

      Bonsoir Camille,

      Alors pour vous mettre dans la confidence, un article « suite » à celui-ci qui traite justement de l’après est programmé pour avril 🙂 On a voulu découper car cela faisait trop long, et on essaye aussi d’espacer les sujets pour ne pas ennuyer les lecteurs. Vous me direz ce que vous en penserez ! Belle soirée à vous. Charlotte

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  5. agna
    agna says:

    A la maison, le sujet de ma mort n’est pas du tout tabou! Plusieurs personnes très proches de notre famille sont décédées soit avant la naissance des enfants, soit récemment et le sujet a toujours été abordé en toute transparence mais avec des mots simples, sans pour autant cacher la peine et la tristesse que nous pouvions ressentir (et que nous ressentons toujours), mon mari et moi, dans ces moment-là. La mort est un sujet qu’ils abordent du coup régulièrement (surtout mon fils 3,5 ans), la visite au cimetière fait partie des traditions familiales qu’ils connaissent maintenant bien. Je me sens personnellement très à l’aise avec ça et vous rejoins complètement sur le fait que la présence d’enfants lors d’obsèques « égaye » (si je puis dire) la cérémonie et nous aide, adultes, à vivre ces moments plus paisiblement. Merci pour cet article.

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    • Anonyme
      Anonyme says:

      Bonjour, que dites vous à vos enfants (surtout celui de 3 ans et demi) quand vous allez au cimetière ? Ma maman est décédée j’étais enceinte de 7mois et j’avais déjà une petite fille de 2ans et demi à qui j’ai eu beaucoup de mal à exprimer me décès de ma mère de par ma propre peine. Je voudrais l’emmener au cimetière avec moi mais ne sais pas comment lui expliquer le lieu…

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