« Maman, comment on fait les bébés ? » « C’est quoi être amoureux ? » « Berk, tu fais des bisous sur la bouche ! » « Dis Papa, c’est quoi se branler ? ». Quand il s’agit de répondre aux questions de sexualité à nos enfants, nombre de parents ne sont pas très à l’aise. Mon amie Caroline, mère et belle-mère de 4 enfants de 6, 9, 16 et 23 ans, vous propose quelques clés pour aborder le vaste sujet de la sexualité avec nos enfants et nos ados en toute simplicité.

Au programme :

Enfant et sexualité, pourquoi leur en parler ? 

L’exploration, première approche de la sexualité

Dès tout petit, la sexualité de l’enfant se construit autour de la curiosité et de l’exploration du corps. Et cela commence avec le nourrisson, voire in utero. Tout au long de son développement, l’enfant va chercher à comprendre le monde qui l’entoure sur nombres de sujets, dont lui-même et ses sensations. À l’inverse de la sexualité adulte, le petit enfant ne se pose pas de question autour de la séduction, du désir ou de la recherche de plaisir. Cela vient beaucoup plus tard.

En fait, la sexualité fait simplement partie de la vie. Éviter d’en parler, faire des circonvolutions, c’est transmettre à notre enfant que c’est un sujet tabou ou qui provoque du malaise. Donc, plus nous sommes à l’aise et naturels avec notre enfant, plus il pourra venir vers nous avec ses questionnements.

Une exposition à la sexualité de plus en plus précoce

Qu’on le veuille ou non, le sexe est partout. Sur les affiches, dans les films, dans les cours d’école, dans les publicités… Bien sûr, on peut avoir opté pour Netflix ou d’autres abonnements payants, avec contrôle parental. Cela peut nous éviter ces interminables pages de pub et nous permettre de mieux maîtriser ce que voient nos enfants. Mais nous ne pourrons pas indéfiniment les préserver.

CPMHK a eu la chance d’accueillir Margot Fried-Filliozat, co-auteure de « Sexpérience » avec sa mère Isabelle Filliozat, figure emblématique de la parentalité positive. Elle soulignait le fait qu’à douze ans, près d’un enfant sur trois avait déjà vu une vidéo pornographique. Et qu’un sur dix y était exposé avant 11 ans. Sueurs froides dans ma tête de maman ! 😨

De toute façon, notre enfant trouvera une réponse

Quand un enfant se pose une question, c’est qu’il a besoin de comprendre. S’il n’obtient pas de réponse, soyons clairs, il ira la chercher ailleurs. Donc, rendons-nous service, mieux vaut que nous puissions lui formuler une réponse adaptée, qui nous permette d’évoquer d’autres aspects comme le consentement, la tendresse, l’amour, le lien particulier qui unit deux êtres…

De plus, Margot Fried-Filliozat soulignait dans sa conférence que le cerveau de l’enfant est fait pour comprendre. En soi, c’est plutôt une bonne nouvelle ! Sauf que si quelque chose reste obscur, il va chercher des réponses encore et encore. C’est souvent ainsi que peut naitre l’addiction à la pornographie chez les enfants parfois très jeunes. Margot parle d’enfants de 10, 11, voire 5 ans (quels que soient les milieux ou les familles). Les enfants sont exposés à des images violentes qu’ils ne comprennent pas. Et faute de pouvoir mettre des mots dessus et d’avoir des clés pour les comprendre, ils vont retourner se « documenter » encore et encore, rendant ainsi les pratiques pornos « normales ». (Re-au secours ! Moi qui croyais que nous pouvions protéger nos Pioupious ! 😱)

Clé n° 1 : Faire simple et apprendre les vrais mots 

Plutôt que de se lancer dans un cours magistral d’éducation sexuelle, on peut simplement commencer par décrire le corps avec les mots adéquats. Nommer tout simplement les parties en évitant les petits noms : menton, genou, pénis, testicules, vulve, lèvres… Les « zézette », « zizi », « foufoune » et autre « minou » tentent « d’adoucir la chose ». Mais adoucir quoi, en fait ? C’est donner le sentiment qu’il y a un malaise et que ces zones sont innommables. Pour autant, inutile de se lancer dans un cours d’anatomie approfondi. 

Le changement de couche du petit frère ou de la petite sœur, le moment du bain peuvent être des occasions simples d’évoquer les différentes zones. « Tu n’oublies pas de laver sous les testicules et derrière les oreilles, d’accord ? ». Bien sûr, pensons à respecter leur pudeur s’ils souhaitent fermer la porte ou se couvrent quand on entre dans la salle de bain.

Clé n° 2 : Répondre par des questions pour donner le bon niveau d’information

Quand un enfant nous pose une question, cela peut être une bonne idée de commencer par lui retourner la question. Un peu comme dans l’écoute active.

« Dis maman, comment on fait les bébés ? » « Tiens, c’est une bonne question. Qu’est-ce que tu en penses toi ? Est-ce que tu as une idée ? » Cela permet de s’adapter au niveau de connaissance de l’enfant. Quand ils sont petits, vers 3-4 ans, on peut simplement commencer par expliquer les faits, sans vraiment s’appesantir sur les détails. Les questions se feront plus précises et nous aurons l’occasion de compléter nos explications au fur et à mesure de leur développement psychosexuel et de leurs questionnements. 

Et vous voulez savoir ce qui aidera à les protéger ? C’est de leur expliquer le consentement ! Ça tombe bien on en parle tout de suite… 

Dans un autre registre, si vous êtes intéressé·e par “l’éducation positive » et que vous souhaitez avoir quelques clés pour obtenir davantage de coopération de  votre enfant (en criant le moins possible 😉), n’hésitez pas à télécharger notre pack avec les clés à connaître 😊… C’est toujours très utile !

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Clé n° 3 : Expliquer le consentement 

Parler de consentement est devenu très à la mode, mais c’est surtout une chose primordiale pour les apprendre à rester à l’écoute d’eux-mêmes comme pour apprendre à respecter les autres. Cette petite vidéo permet d’expliquer simplement ce qu’est l’intégrité physique, le respect du corps et de la zone d’intimité de chacun. 

Vidéo de Maelle Challan-Belval

Prévenir les agressions sexuelles 

En tant que parents, notre premier souci est souvent de protéger nos enfants contre les agressions sexuelles. Pour cela, il est important de discuter de ce risque avec notre Loulou. De plus, on sait que la majorité des propos ou gestes déplacés sont le fait de personnes que l’enfant connaît, de son entourage proche. 

On était si fier·ère d’avoir un enfant gentil et obéissant… Mais est-ce que face à une adulte, notre Babychou saura se protéger, esquiver ou dire non ? S’il nous appartient de le mettre en garde, nous devons évidemment rester vigilants. Pour autant, inutile de dramatiser et d’en parler à tout bout de champ, au risque que l’enfant n’ose pas l’exprimer ou qu’il ne fasse plus confiance à personne.

Certains parents ayant été victimes de sévices sexuels dans l’enfance peuvent avoir du mal à en parler. Dans ce cas, mieux vaut trouver une personne à même de vous écouter, VOUS (psychologue, sexologue, etc.). Vous pouvez aussi passer le relai à votre conjoint ou à un·e ami·e pour éviter de faire monter en tension dramatique.

Pour leur apprendre à respecter l’autre

L’exploration et la découverte du corps sont une partie centrale de la sexualité de l’enfant. Les jeux sexuels sont donc courants chez les jeunes, comme moyen de comprendre comment l’autre, qu’il soit du sexe opposé ou du même sexe. Là encore, il faut y voir de la curiosité plutôt que l’assouvissement d’un désir. Il n’y a donc pas lieu de paniquer. 

Par contre, il est important de leur rappeler que chacun doit être d’accord pour jouer et qu’un seul STOP ou NON est suffisant pour s’arrêter. Pensons à enseigner qu’il est important de formuler la question et que l’autre réponde « OUI », plutôt que le fameux consentement tacite…  

Enfin, entre frère et sœur, il peut être utile de rappeler les notions d’inceste. 

Clé n° 4 : Leur apprendre à dire NON 

On ne compte plus les outils de développement personnel pour nous apprendre à dire non, à nous reconnecter à nos besoins et à écouter notre ressenti. Pourtant, nous continuons à essayer d’apprendre à nos enfants qu’il FAUT partager, qu’ils DOIVENT prêter leurs jouets pour être GENTILS et FAIRE PLAISIR. Aïe, c’est peut-être vrai, mais à quel prix ? 

Respecter sa voix intérieure

Donc, la première étape pour apprendre à dire Non, c’est de permettre à nos enfants de l’exprimer et de respecter leur refus

Au parc, s’il ne veut pas prêter son camion, c’est peut-être tout simplement qu’il n’est pas sûr de le retrouver. Il est plus facile de prêter quand on se sent en sécurité et qu’on n’a pas peur d’être dépossédé. 

De même, si Loulou ne veut pas s’asseoir sur les genoux de Tonton, ou faire la bise à Grand-Maman (qui pique soit dit en passant 😉)… Laissons-le. La politesse ne passe pas forcément par la « violation » de son intimité. Bien sûr, on a envie de lui apprendre les bonnes manières, mais un check, un coucou ou un bonjour de loin peuvent être suffisants. En lui imposant un geste qui va à l’encontre de son instinct naturel, on lui enseigne qu’il ne peut pas se fier à son ressenti. Pas top pour apprendre à se respecter, non ?

La technique des 10 alternatives 

Lors de sa conférence, Margot Fried-Filliozat évoquait la technique des 10 alternatives pour apprendre à dire NON. C’est un super jeu à installer avec nos enfants quand ils sont petits. Le principe, c’est de trouver 10 manières de ne pas faire quelque chose qui nous déplaît. Ainsi, si une réponse n’est pas acceptable, on n’est pas pris dans un dilemme insoluble : si je ne peux pas dire non, je suis obligé·e de dire oui !

« OK, Loulou, tu n’as pas envie de faire une bise à Mamie, alors, qu’est-ce que tu peux faire ? » 1/Je peux lui dire coucou de loin. 2/ Je peux courir aux toilettes comme si j’avais une envie pressante. 3/ Je peux tousser pour lui faire croire que je suis malade. 4/ Je peux lui dire que je n’ai pas envie même si je l’aime très fort. Etc. Bien sûr, il ne s’agit pas de leur apprendre à mentir, mais à esquiver.

Et c’est encore plus important qu’ils y soient exercés avant la puberté. 

À l’adolescence, l’enfant traverse un véritable chamboulement physique, neuronal, hormonal et social. Son cerveau se réorganise (élagage synaptique) et ce qui était acquis ne devient plus si évident. En outre, la pression sociale et le besoin de s’intégrer ne leur permettent pas toujours de refuser en bloc au risque de se sentir exclus. Avoir exercé son cerveau à la recherche de multiples solutions peut leur donner des clés pour éviter les situations à risque ou qui lui déplaisent.

Donc, n’hésitons pas à enseigner à nos enfants la souplesse d’esprit.  

Clé n° 5 : Masturbation : pas de tabou, mais de l’intimité

Notre enfant se caresse sur le canapé en regardant la télé. Nous pouvons simplement lui expliquer qu’il peut se masturber, mais qu’il doit le faire dans l’intimité de sa chambre ou de la salle de bain. La masturbation est une chose normale, et il est important dans le développement de l’individu de se connaître. Il n’y a ni honte ni culpabilité à avoir. 

Ce n’est pas toujours simple d’évoquer la sexualité à nos enfants. Entre l’envie de les protéger, le besoin d’informer, le respect de leur vie privée, l’équilibre est parfois difficile à trouver. La clé, comme souvent, c’est de rester ouvert et à l’écoute, de « Parler de sexualité sans leur parler de LEUR sexualité » comme le dit Margot Fried-Filliozat. Et puis, il y a pleins de livres qui peuvent nous servir de support pour aborder la question selon différents prismes : l’anatomie, l’éducation sexuelle et affective, la conception et la naissance…

Des livres pour enfant sur la sexualité

Voici quelques lectures qui peuvent permettre d’aborder la question de la sexualité avec nos enfants. Bien sûr, cette liste est non exhaustive, n’hésitez pas à ajouter vos coups de cœur en commentaires. 

Pour les enfants

Pour les 3-5 ans

Pour les 6-8 ans

Pour les 8-10 ans

Pour les 10-12 ans

Pour les adolescents

  • Sexpérience de Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat

Et tant d’autres…

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