crise d’ado

Et si on gérait la crise d’ado en bon manager ?

12 conseils pour accompagner la crise d’adolescence avec respect et confiance mutuelle

La crise d’ado ? Il paraîtrait que c’est cette période de transition entre l’enfance et l’adolescence, souvent marquée par un sentiment de rébellion ou de repli à la puberté. Mais est-elle vraiment un passage obligé ? Peut-on accompagner nos enfants comme on l’a toujours fait, entre douceur et fermeté ? 

Le côté “crise” donne l’impression que c’est une sorte de maladie. On parle de symptômes, de “gestion de crise”, de “calmer la crise d’adolescence”… 

Pourtant, c’est à se demander si la crise d’ado est une réalité ? Le mot même d’adolescence n’existe pas dans certaines cultures d’Afrique de l’Ouest.

Et si finalement, il s’agissait “juste” d’enfants qui grandissent, qui gagnent en autonomie et prennent du recul par rapport à nos règles. Si finalement, nos ados devenaient simplement de jeunes individus avec qui discuter sur un pied d’égalité, comme le ferait un manager en entreprise ? Voici 12 conseils pour accompagner la crise d’adolescence avec respect et confiance mutuelle.

Mère et Belle-mère de 4 enfants (23, 16, 9 et 6 ans), je n’ai pas la prétention de “savoir gérer une crise d’ado”… Loin de là ?. Pour autant, j’ai eu l’occasion de me frotter à la question et à rechercher des solutions pour accompagner nos teens tout en continuant à construire un lien solide, serein et bienveillant. Les échanges avec SuperPapa,  beaucoup moins “à cheval sur les principes” et naturellement plus enclin à la discussion ainsi que les “ateliers Papote” de Charlotte m’ont également permis de faire évoluer mes points de vue. 

J’ai fait mienne cette citation, hautement philosophique ? :

“Un ado, c’est comme un savon. Plus tu le serres fort, plus il t’échappe.”

1. Pour atténuer la crise d’ado, établir une relation d’égale à égale

L’adolescence est, souvent, un prolongement de la relation établie avec notre enfant. Non, ce n’est pas un monstre qui sort du placard un beau matin. C’est le bébé que nous avons nourri, dont on a séché les larmes, soigné les bobos, pris par la main, encouragé… 

Ce lien de confiance et de respect mutuel que nous avons construit se prolonge dans ce nouvel âge transitoire. En grandissant, notre enfant va être de plus en plus clairvoyant. Et, ce faisant, nos petites contradictions, nos incohérences, vont lui apparaître de plus en plus évidentes, et de moins en moins tolérables. 

Essayons de transposer la relation au travail. En tant que collaborateur, on n’a pas envie d’un boss qui vient nous dicter ses règles. On souhaite se sentir respecté, écouté, voire compris et pris en compte. 

Bref, dans le prolongement dans la parentalité positive, la ligne sera à tracer entre bienveillance et fermeté, écoute et discussion.

2. Discuter plutôt qu’interdire 

Reprenons le parallèle avec l’entreprise. Bien sûr, il y a des règles communes. A la maison, faisons en sorte qu’elles soient claires et partagées, et surtout pas trop nombreuses.

Ensuite, l’idée est de les accompagner afin qu’ils soient responsables de leur choix afin de savoir en assumer les conséquences. 

Un jour, notre grande est partie en boîte de nuit avec des copains. Fin de soirée, ils avaient trop bu. Elle a refusé de monter en voiture et a commencé à marcher pour rentrer. Puis, elle a appelé SuperPapa. Plutôt que de la réprimander, il s’est empressé d’aller la chercher, sans autre commentaire. Finalement, si elle n’avait pas été en confiance, si elle avait pensé qu’elle allait se faire enguirlander, il y a fort à parier qu’elle serait rentrée avec eux ou à pied. Ce respect mutuel a permis qu’elle puisse trouver une solution où elle reste en sécurité. 

Pour les protéger, nous érigeons souvent des règles : se coucher tôt pour ne pas être fatigué, manger équilibré pour être en bonne santé, rentrer à l’heure pour ne pas faire de mauvaises rencontres… Et si l’expérience était la meilleure conseillère ? Donc, essayons de mettre au clair nos besoins avec eux (les savoir en sécurité, en bonne santé…) et de leur laisser la responsabilité de leurs actes, afin qu’ils puissent en ressentir les conséquences. 

Pour Lise Bourbeau (5), auteure à succès dans le domaine du développement personnel, on peut même imaginer “Je ne suis pas d’accord avec cette décision, mais si tu es sûr.e de toi, que tu penses qu’elle te rendra heureux.se et que tu es prêt.e à assumer les conséquences, alors je te fais confiance car il s’agit de ta vie”. 

Cette réponse a plus de chance de le.la faire réfléchir vraiment plutôt que de poser un interdit qui risque d’avoir tout l’effet inverse. Vous avez remarqué comme on peut être têtu quand on nous explique qu’on a tord ? En mode “Alors là, mon pote, c’est ce qu’on va voir !” (Et ça n’est pas une question d’ado !?)

3. Être cohérent

Je suis sûre que vous en avez connu des incohérences qui rendent fou (ou folle). “Fais ce que je dis, pas ce que je fais !” Vous savez, le Chef, au boulot, qui vous dit d’arrêter les pauses-café et qui ne cesse de s’éclipser. 

(Ou moi, quand je me réfugie aux toilettes avec mon téléphone pour avoir 5 minutes tranquille et que je l’interdis ensuite ! ?)

Et bien forcément, c’est pareil pour notre ado, et ça n’est pas une question de crise ! C’est une question d’être l’exemple… L’avancée des recherches en neurosciences nous apprend que les neurones miroirs nous permettaient d’apprendre avant tout par imitation.

 

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4. Rester à l’écoute 

Ah ! L’écoute active, ça marche à tous les âges ! Essayons d’écouter vraiment. Ça veut dire poser des questions de curiosité dont on n’a pas la réponse. (Ah oui, c’est possible ça ? Tu veux dire pas juste pour lui faire dire ce qu’on veut ?! )

En entrant et en s’intéressant à son univers, cela nous permet de comprendre ce qu’il vit. Le lien de confiance et de respect mutuel qui permettra de nourrir la relation et d’envisager des solutions partagées qui respectent les besoins de tous s’en trouve renforcé.

Si notre fille était à fond “potes et réseaux sociaux”, notre grand, son truc, c’est les jeux vidéo. Ah ! La grande question des écrans. SuperPapa a pris le temps de discuter calmement avec lui. Ils se sont posés, en tête-à-tête, à un moment propice. Plutôt que de lui sauter dessus en mode “Non mais c’est pas possible ! Tu passes 12h par jour sur ta console ! Qu’est-ce que tu vas faire dans la vie ? Maintenant, c’est fini !” Il a ouvert la discussion. “Tu sais, je comprends carrément que tu kiffes tes jeux et j’adore aussi. Par contre, ce qui m’ennuie, c’est que tu ne prennes plus le temps pour jouer avec ton frère et ta sœur, pour dessiner alors que tu es doué, ou pour découvrir d’autres choses… Comment tu le ressens, toi ? Qu’en penses-tu ? Comment trouver une solution qui convienne à tous les deux ? ” L’échange s’est passé en mode confiance. Il a simplement écouté son opinion, sans vouloir lui imposer quoi que ce soit ou biaiser la conversation pour l’amener quelque part. Il l’a pris tel qu’il est. En respectant simplement sa personnalité, comme on souhaiterait que l’on fasse avec nous d’ailleurs. (Parce que, soyons clair, nous en avons aussi, des petites habitudes qui ne nous font pas que du bien).  

5. Impliquer notre ado dans la recherche de solution

Suivre des règles que l’on a choisies est toujours plus motivant et impliquant, non ?

Transposons la situation à nous, adulte. Si notre chef déboule dans le bureau pour nous imposer une nouvelle d’organisation style “Tu vas changer de place parce que ça ne me convient pas comme ça !”, comment nous sentons-nous ? Respecté ? Pris en compte ? Ou infantilisé et dépossédé de notre pouvoir de décision ? 

Pour notre ado, c’est pareil (tout comme pour nos enfants en général d’ailleurs). Il sera plus enclin à respecter le cadre s’il y a participé. 

Comme dans l’exemple précédent, s’il veut sortir le soir, engageons la discussion concernant la fin de soirée. Pourquoi ne pas lui laisser proposer son heure, quitte à ajuster si cela ne nous convient pas en lui expliquant pourquoi. “J’ai besoin de te savoir en sécurité. Si tu rentres à 1 heure et que tu rates le dernier métro, je crains que tu ne sois coincé. Est-ce que tu as une idée pour gérer la situation ?”

Et s’il y a un loupé, essayons de ne pas lui tomber dessus en mode “J’en étais sûre. On ne peut pas te faire confiance.” 

En reprenant notre parallèle professionnel, lorsqu’on se plante, on n’a pas besoin de notre chef pour nous pousser la tête sous l’eau : “Tu vois, je savais que tu étais un incapable. La prochaine fois, tu m’écoutes !”. Ce sera beaucoup plus constructif si l’on essaie d’analyser ensemble “Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné d’après toi ? Comment on aurait pu s’y prendre pour que cela fonctionne ?” Essayer, échouer, et corriger, ce sont les étapes pour avancer, non ?

6. S’assurer que le message d’amour est entendu

Point essentiel de la Discipline positive : le message d’amour. Rappelons-lui que les règles ne sont pas là pour le contraindre, mais pour le protéger. Que nous avons besoin de le savoir en sécurité

Par exemple, un soir où Céline est rentrée tard, je me suis emportée. Le lendemain, je suis revenue sur ma réaction : “Tu sais, hier soir, tu es rentrée tard et je t’ai engueulée ! J’ai mal réagi. Ce n’est pas que je suis fâchée, c’est que j’étais morte d’inquiétude. Nous avions convenu d’une heure de retour et tu ne m’as pas prévenue… Est-ce que tu peux faire en sorte de me tenir au courant la prochaine fois, si tes plans changent ?” 

7. Crise d’ado : respecter son besoin d’intimité

Quand je discute avec Céline, 23 ans aujourd’hui, elle se rappelle de son adolescence : le petit frère qui agace, la sensation de nous avoir parfois “trop dans les pattes”, d’avoir besoin d’air… Essayons de préserver leur espace, peut-être lâcher prise sur certains points comme le rangement de la chambre ou la douche quotidienne. Ce qui ne signifie pas que toute la vaisselle sale de l’appartement doit s’entasser sous le lit, que c’est ok de se laver une fois par mois, ou que c’est possible de manger à table en regardant le téléphone avec un casque sur les oreilles. 

Et l’intimité se prolonge à ce qu’ils veulent bien nous dire. S’ils sont en confiance et sentent le non-jugement, ils seront plus susceptibles de se confier à nous que si nous leur tirons les vers du nez… 

De la même manière que l’on a plus envie de se confier à une copine qui nous écoute avec bienveillance qu’à celle qui nous cuisine pour cancaner.

8. Garder des moments pour connecter

Le quotidien est parfois étouffant : la famille, l’école, les potes, les activités, les prises de tête. Mettre en place des rendez-vous réguliers pour se retrouver en tête-à-tête peut-être une bonne idée. Il adore les musées ? Elle kiffe les sports extrêmes ? Essayons de faire un peu de place dans notre planning pour prendre le temps d’être ensemble. Quitte à laisser les petits chez Mamie et s’échapper quelques heures. C’est une belle manière de renforcer ces liens d’amour qui rendent le quotidien tellement plus fluide.

De même, les repas peuvent rester un moment de rires et d’échanges en famille. Si c’est le seul temps où il sort de sa tanière, essayons de ne pas le transformer en tribunal, ou de saisir l’occasion pour les critiquer sur leur façon d’être, d’investiguer sur les devoirs ou de pointer tout ce qui ne va pas. On se refermerait également sur nous dans la même situation. 

9. Prendre du recul 

La crise d’ado, c’est un vrai bouleversement physique, émotionnel, sexuel et hormonal.

En tant que parent, cela m’a énormément aidé de me dire que cette période de repli, ou ce “manque d’hygiène”, ou ce besoin de fuir… était liée à un véritable chamboulement intérieur (et extérieur aussi d’ailleurs). Il est plus facile d’être compréhensif et de tendre la main quand on n’a pas la croyance que notre enfant fait tout ça pour nous défier !

Il va s’en dire qu’il y a autant de phases de transition que d’individu. On estime que la crise d’ado se situe entre 13 et 18 ans, mais certains auteurs commencent à voir les prémices à la puberté (vers 12 ans) voire avant, vers 11 ou 10 ans. Derrière ce passage vers l’âge adulte, il y a une réalité de changements physiques, cognitifs et psychologiques… 

Neurologiquement, le cerveau de l’adolescent se reprogramme (4) : élagage des informations devenues inutiles, création de nouveaux circuits neuronaux pour améliorer les prises de décisions, etc. Le cortex préfrontal, qui gère les émotions et anticipe l’avenir, est en plein chantier, rendant ainsi le jeune plus fragile et influençable.  

10. Relativiser

La quête de soi est une étape nécessaire dans la construction de la personnalité.

Bébé, on a essayé d’empêcher Mini-Nous de tout mettre à la bouche, mais c’était un besoin physiologique, un réflexe archaïque qui avait son utilité pour aider notre enfant à grandir.

Dans certains pays, le concept même d’adolescence n’existe pas. Donc, la soi-disant crise n’est pas ni une obligation, ni une fatalité. L’enfant se dissocie de ses parents et renforce son besoin de développer sa personnalité. Il avait déjà commencé en grandissant, mais cette période est particulièrement propice à la quête identitaire. Il va donc chercher ses propres repères, quitte à repousser, au moins pour un temps, ce qu’il a toujours connu. L’occasion pour lui d’explorer ses goûts, ses relations intimes, sa sexualité, ses amitiés, etc. L’investigation du champ des possibilités est à la fois constructrice, mais peut-être également déstabilisante pour le jeune comme pour son entourage. 

Nombre d’adultes que je connais ont fait une crise d’adolescence tardive ou ne l’ont pas faite du tout. Quel que soit l’âge, la quête de sens peut toujours être bénéfique : “est-ce que je suis d’accord avec les règles que je suis”, “qu’est-ce que je veux faire de ma vie”…. Plus on se pose tôt ces questions, plus on a des chances d’être bien dans sa peau. C’est plutôt ce que l’on souhaite pour nos enfants finalement !

11. Demander de l’aide

Même si c’est loin d’être la majorité des cas, les comportements à risque peuvent exister : mise en danger (alcool, drogue, sport à risque…), stress, fuite du monde réel à travers les écrans (jeux vidéo, réseaux sociaux, séries…), besoin d’isolement, repli sur soi, troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie), addiction, épisodes de déprime voire de dépression, auto-mutilation, etc. 

Si vous sentez votre enfant en danger sans plus savoir comment faire, si la discussion est rompue, il n’y a pas de honte à demander l’aide d’un psychothérapeute ou autre praticien spécialisé. Il saura vous accompagner et vous donner un regard neuf sur la gestion de cette étape. Il pourra également recevoir votre enfant et lui offrir un espace de parole neutre et bienveillant.

12. Prendre soin de soi

En tant que parent, c’est parfois dur de sortir de ses croyances et de ne pas se sentir personnellement (re)mis en cause. 

C’est facile à dire, mais essayons de prendre du recul et de garder en tête que notre enfant traverse des moments difficiles dont il ne comprend peut-être pas tout. Parfois, cela vient tellement nous chambouler, que nous avons besoin de soigner notre Enfant intérieur pour pouvoir réagir sereinement. 

Personnellement, j’aime à me rappeler les 4 accords toltèques, un précieux guide dans les moments de doutes (et particulièrement pertinent face à la crise d’ado ) : 1/ ne pas faire des événements extérieurs une affaire personnelle, 2/ avoir une parole impeccable, 3 /ne pas faire de supposition et 4/ faire de son mieux, maintenant.

Dernier outil que je trouve particulièrement utile pour se détacher des croyances qui peuvent nous faire souffrir, le Travail (the Work en anglais) de Byron Katie.

“Notre enfant a besoin de nous à ses côtés, pas face à lui en mode confrontation”. 

 

Des livres pour aller plus loin :

  1. On ne se comprend plus: Traverser sans dommages la période des portes qui claquent entre 12 et 17 ans d’Isabelle Filliozat
  2. La Discipline positive pour les adolescents : Comment accompagner nos ados, les encourager et les motiver, avec fermeté et bienveillance de Jane Nelsen et Lynn Lott
  3. Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs de Françoise Rougeul, psychanalyste, aux éditions Les Liens qui Libèrent.
  4. Le cerveau de votre ado de Daniel Siegel, neuroscientifique

 

Commentaires

Commentaires

2 réponses
  1. mialon
    mialon dit :

    Je suis une grand-mère et j’aime vous lire…Dommage que ma fille ne le fasse pas…cela l’aiderai sûrement pour surmonter les difficultés actuelles qu’elle rencontre avec un de ces garçons difficilement gérable.

    Répondre

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