Ah l’allaitement… Qui n’a pas galéré pour son premier bébé (voire aussi pour les suivants…) ? Non, ce n’est pas si « simple » d’allaiter. Et le corps médical, en France, n’est pas réputé pour être le plus expert sur le sujet. 

Nombreuses sont les mères qui ont reçu des conseils souvent contradictoires à la maternité et se sont senties vulnérables. Elles ont pour beaucoup été amenées à arrêter cet allaitement plus tôt qu’elles ne l’auraient souhaité, ou à continuer dans la douleur. 

J’ai voulu interroger Carole Hervé, super consultante en lactation IBCLC, qui accompagne en moyenne quelques 700 mères privilégiées chaque année depuis 2011. Elle a permis à beaucoup (beaucoup !) de mamans de mieux vivre leur allaitement, alors que cela était parfois « mal parti ». Une réussite parfois inespérée.

S’il y a quelques bases à connaître, l’allaitement est très différent d’une mère à une autre et même d’un bébé à l’autre. Voici quelques découvertes que j’ai faites grâce à Carole et qui, je l’espère, vous seront utiles pour votre allaitement actuel ou futur. 

La première chose à savoir, c’est que l’allaitement ne doit pas être douloureux !

Si on vous a déjà dit “les 3 premières semaines cela fait super mal, après cela ira” ou encore “c’est normal, il faut serrer les dents au début !”, vous pouvez OUBLIER !

Pour Carole, les 5 premiers jours, on peut tolérer un “inconfort”. Elle souligne que cela ne doit pas se traduire par des douleurs insupportables. Parfois, le bébé peut pincer un peu. Mais « un peu ». On n’a pas dit “subir des douleurs terribles qui nous font redouter chaque tétée”. Si c’est douloureux, il peut y avoir plusieurs raisons :

La plus courante, c’est la position du bébé et de la maman !

  •       Pour Carole, le coussin d’allaitement peut servir d’accoudoir. Elle le réutilise même souvent pour permettre à la jeune maman de s’asseoir dessus en cas de douleurs du périnée. 
  •       Ensuite, on choisit un fauteuil ou canapé confortable dans lequel on cherchera à s’installer le dos appuyé contre le dossier. Le fauteuil accueille le corps de la maman qui accueille son bébé à son tour et chacun est naturellement soutenu. La gravité fait le reste. La position « madone », qui est la plus couramment montrée et que vous voyez sur la photo, n’est en fait pas la position recommandée si le démarrage est compliqué. Physiologiquement, elle éloigne la tête du bébé du sein de la maman, plus qu’elle ne l’y conduit. L’approche Biological Nurturing (BN) permet quant à elle, au bébé d’épouser le corps de sa maman (en oblique ou en longitudinal), de bien se caler, dès lors que la maman le place “à la bonne adresse” soit la tête à hauteur du sein. Cette posture a aussi l’avantage de faciliter la prise du sein par le bébé qui ouvre plus facilement la bouche. Si le bébé prend une “grande bouchée de sein”, il est davantage susceptible de téter sans causer de douleurs. De plus, la maman a une meilleure capacité d’accorder sa position à celle de son nouveau-né ; elle le guide par son regard, elle s’adapte à l’expression de ses réflexes archaïques, elle peut plus facilement le caresser, le guider et la précieuse hormone ocytocine aide le lait à couler plus facilement tout en réduisant les douleurs résiduelles.

Autre point important : contrairement à ce que l’on pourrait croire, la douleur lors des tétées n’est pas liée à la durée des tétées ! Si le bébé est bien positionné, l’allaitement peut durer des heures, sans que cela ne fasse mal !

Et la position est très souvent un facteur sous-estimé pour prévenir les douleurs. D’ailleurs, si à la maternité, on plaque votre bébé au sein « en lui appuyant sur la tête » pour le « faire téter », cela part d’un bon sentiment mais finalement, ça induit davantage de difficultés et de tensions. La mise au sein ne doit pas être « musclée ». En changeant de position, les choses se font en douceur… Faites-vous confiance, c’est vous et vous seule qui devriez mettre votre bébé au sein.

Si après avoir essayé plusieurs postures, vous avez encore mal : n’attendez pas ! Faites appel à un consultant en lactation ou à une sage-femme qui a un DIULHAM (Diplôme Inter-Universitaire en Lactation Humaine)

L’origine de la douleur peut aussi être liée à des spécificités chez bébé

  •  Le nourrisson peut avoir du mal à ouvrir la bouche du fait d’une tension crânienne (par exemple suite à une sortie avec une ventouse ou encore une mauvaise position in utero) ;
  • la forme de son palais, la position de sa mâchoire, de son menton ;
  • la position de sa langue (retenue par exemple par un frein de langue trop serré) ;
  • une position où bébé bloque la circulation sanguine dans le mamelon en serrant fort les gencives (réflexe de morsure entraînant ce qu’on appelle un vasospasme)

Il peut aussi parfois arriver que la tétée soit confortable d’un côté et douloureuse de l’autre : c’est souvent dû au fait que bébé tourne moins aisément la tête d’un côté que de l’autre (on appelle cela une « préférence de rotation cervicale »), et sa mauvaise position provoque des douleurs.

En cas de doute, n’hésitez pas à demander l’avis de professionnels spécialisés : un ostéopathe ou un chiropracteur spécialisé en pédiatrie, par exemple. 

Bien d’autres raisons, encore, peuvent expliquer la douleur : un ou plusieurs canaux bouchés, une infection bactérienne, une mycose, etc. Donc, si cela fait mal, retenez que ce n’est pas “normal”. Il faut consulter sans tarder ! Surtout qu’en plus de la souffrance, cela génère du stress chez la maman (normal !)…  Notre cerveau croit même que nous sommes en plein baby blues ! 😥  Bien évidemment, on appréhende les prochaines tétées qui deviennent chacune plus douloureuses. Notre corps produit moins d’ocytocine (l’hormone de l’amour), l’éjection du lait est moins facile et le bébé en prélève moins. Bref la lactation est malmenée et le bébé prend trop peu de poids. C’est la panique ! On est alors assaillie de sentiments négatifs avec l’impression à tort que l’on n’est pas capable de nourrir notre bébé. Combien de femmes se disent qu’elles n’ont “pas assez de lait ”, alors qu’elles sont juste tombées dans un cercle vicieux ! 😞

Autre astuce pour atténuer la douleur : si la peau du mamelon se gerce, Carole suggère d’utiliser un corps gras comme de l’huile de coco vierge bio désodorisée, souvent plus économique et plus efficace que la traditionnelle lanoline purifiée.

Les écrans en silicone sont de sortie ? Prudence !

Souvent, on dégaine les écrans en silicone, les fameux « bouts de sein » en arguant qu’ils vont atténuer la douleur ou permettre à bébé de mieux s’accrocher. Pourtant, la douleur est, Carole le répète, plus généralement due à une mauvaise position. L’inconvénient majeur est que le bébé prélève 20 % à 50 % de lait en moins que s’il tétait sans artifice. Du coup, il prend moins de poids et en parallèle, les seins de la maman s’engorgent, et produisent chaque jour un peu moins… Un autre cercle vicieux s’installe qui peut amener à un allaitement bien moins long que souhaité !

Il peut arriver que ces prothèses soient préconisées dans certains cas pour les grands « préma », ou si les mamelons sont réellement ombiliqués, c’est-à-dire qu’ils ressortent aussi peu que notre nombril ; le mamelon n’est pas seulement “plat”. 

Donc, si vous optez pour des bouts de sein, n’hésitez pas à vous faire accompagner par un expert jusqu’à ce qu’on vous aide à vous en débarrasser et éviter d’enchaîner les difficultés par la suite…

Des bonnes bases, la clé de l’allaitement

Pour un allaitement qui “dure”, il est fondamental d’avoir posé les bonnes bases dès le début 🙂
Car une maison avec des fondations fragiles, cela tient un peu, mais pas longtemps… 

Alors, c’est quoi des bonnes bases ? 

  • Au début, il faut installer la lactation : on veut de l’abondance ! Et le moyen le plus intuitif pour y arriver est de faire du maternage proximal. En gros, une des hormones qui favorise la lactation, c’est l’ocytocine (l’hormone de l’amour). Plus celle-ci est sécrétée, plus on produit. Un câlin, un moment en peau à peau, des échanges de regards… Et c’est parti ! Et ça, c’est parfaitement intuitif. Cela implique d’avoir son bébé “à la bonne adresse” pendant un certain temps.
  • Si on veut que le “robinet coule à flots”, le corps doit enregistrer qu’il a besoin de produire une quantité adéquate de lait. Pour cela, l’idéal, au début, est de mettre le bébé très souvent au sein. Plus l’enfant tète souvent, plus le sein va produire. Il ne faut pas hésiter à le nourrir, même s’il n’y a pas des signes ostentatoires de faim. D’ailleurs, Carole conseille de ne pas attendre que le bébé ait les yeux grands ouverts pour l’allaiter. L’enfant prend aussi très bien dans un état de sommeil indéterminé. Vous savez, ces phases de somnolence au cours desquels le bébé lève une paupière comme un chat.
  • Au début, les tétées peuvent durer un certain temps, parfois 45 voire 60 minutes. Mais ensuite, le corps de la maman aura enregistré ce qu’il a besoin de produire. Le débit va se modifier, et les tétées deviendront plus courtes car plus efficaces. On s’attend alors à un rythme d’une succion – une déglutition.

Le conseil de Carole : comme l’allaitement est très exigeant au début, en particulier à la maternité, il est bon de limiter les visites à 20-30 minutes chacune pour garder du temps d’intimité. On vous recommande la formule magique « Le médecin a dit… » 😉
De retour à la maison, pensez aussi à vous préserver en déléguant au maximum les tâches du quotidien (lancer une machine à laver, l’étendre, faire le repas, les courses…). 

Certaines mères peuvent-elles ne pas avoir un lait assez nourrissant ?

Les études montrent que la qualité du lait maternel est toujours au top, sauf pour les mamans vegan qui oublieraient de se supplémenter en vitamine B12. Si bébé ne prend pas de poids, c’est tout bonnement qu’il n’en reçoit pas assez. Si on vous dit que c’est à cause de la qualité de votre lait, c’est que vous n’avez pas en face de vous un expert en allaitement . 😉

Mieux encore, si l’enfant est malade, le lait de la maman va s’adapter pour lui apporter les anticorps dont il a besoin à ce moment-là. Il a même été démontré que le lait de la mère varie selon qu’elle accouche d’une fille ou d’un garçon ! 

D’autres études ont été jusqu’à comparer le lait d’une maman de Namibie au régime alimentaire relativement pauvre à celui de mères suédoises au régime riche. La variante est ténue : le lait de la maman namibienne va présenter un taux plus élevé en lactoferrine que celui de sa consœur suédoise, et apporter ainsi au nourrisson de quoi favoriser un système immunitaire encore plus solide. Pas mal non ? Nulle raison de s’inquiéter alors de la qualité de votre lait 🙂

Y a-t-il des mamans qui n’ont pas assez de lait ?

En règle générale, les mamans ont la capacité de produire suffisamment de lait dès lors qu’elles ont opté pour des tétées précoces, efficaces et très fréquentes les premiers temps et que leur bébé parvient à boire efficacement. On ne peut déterminer à l’avance si une mère doit offrir un ou deux seins par tétée. Dans le doute, on peut décider de proposer les deux à chaque fois et observer les couches. Des couches bien pleines sont synonymes d’un allaitement qui se passe bien.
Il peut toutefois arriver qu’une mère « n’ait pas assez de lait », et c’est la plupart du temps parce que l’allaitement n’est pas parti sur des bases solides.

Certaines situations en revanche conduisent à un allaitement mixte : par exemple, si les seins ont été lésés suite à certaines chirurgies du sein, quand la maman elle-même est née prématurée ou quand sa glande mammaire ne s’est pratiquement pas développée. On parle d’hypoplasie de la glande mammaire.

Précisons qu’en-dehors de cette particularité rare, la taille du sein n’a absolument rien de déterminant 🙂 ! Je peux allaiter avec mon bonnet A pour peu que mes seins prennent un peu de volume pendant la grossesse et que je démarre un allaitement optimal.

Et petit conseil de certaines mamans qui nous suivent, la tisane d’allaitement au fenouil, semble – pour certaines mères – donner un coup de pouce et favoriser une lactation plus abondante, à condition bien sûr que les fondations de l’allaitement soient solides. Notre petite tisane préférée Les Deux Marmottes (100 % plantes, 0 arôme 😉 ). Elle ne remplacera pas des tétées nombreuses et efficaces, garantes d’un drainage optimal des seins.

Tétine, biberon et allaitement, cela fonctionne ?

Au début, le bébé passe par une phase d’apprentissage. Il tète, se loupe, il a besoin d’être soutenu (par un geste de compression mammaire par exemple), il recommence, il intègre que c’est agréable, il répète. Il apprend notamment comment mobiliser sa langue pour téter efficacement. Pour certains bébés, c’est déjà difficile. 

À l’inverse, la tétine ou le biberon l’amènent à pincer. Il faut alors que l’enfant comprenne qu’il doit téter « bouche grande ouverte » le sein, et « bouche pincée » le biberon/tétine. Cela complexifie sa tâche.

Donc quand, pour une raison ou un autre, en début d’allaitement, la maman a besoin d’apporter à son tout petit un complément, il est préférable de le lui donner au petit doigt avec un mini tuyau “scotché” au sein de façon à ce qu’il continue d’apprendre à téter . Le tuyau trempera dans le flacon contenant le lait.

Bien sûr, là encore, tout dépend des bébés. Certains arrivent dès la naissance à prendre en alternance sein, biberon et tétine. Il n’y a pas de généralités.
En Scandinavie, de nombreuses mères utilisent la tétine et pour autant, les allaitements se poursuivent souvent au-delà d’un an.

Pour le biberon, l’enfant est davantage « passif », car le lait coule plus facilement. Bébé peut alors développer une préférence pour le débit du lait au biberon et donc refuser ensuite le sein. Comme d’habitude, ce qui est “généralement vrai” ne s’applique peut-être pas dans votre situation qui est, elle, spécifique. En cas de doute, demandez conseil à un spécialiste.

La santé de notre bébé, notre préoccupation majeure !

Élément principal à ne pas perdre de vue : son poids, sa croissance harmonieuse ! Il est indispensable de peser régulièrement bébé, et de tracer sa courbe de poids dans le carnet de santé. Il est né dans un “couloir” de courbe, et il doit y rester (Voir  les courbes de l’OMS). Pour Carole, un enfant allaité prend d’ailleurs plus de poids les premiers mois qu’un enfant nourri au lait industriel (!). Et surtout, le truc à s’assurer : que le bébé ait bien repris son poids de naissance dans les 5 à 10 jours qui suivent sa naissance. Sinon, on consulte immédiatement une consultante en lactation 😉 

Et du coup, on fait quoi si on a besoin de conseils ?

Vous pouvez aller voir une consultante en lactation IBCLC, qui est l’experte reconnue dans le domaine et a suivi plusieurs années d’études sur le sujet. De nombreuses associations de soutien telles que La Leche League, Solidarilait, les marraines de lait etc. sont aussi souvent d’excellents soutiens.

Mais, comme partout, il n’y a pas que “des bons conseils”. Donc, allez-y avec votre (bon) sens critique. 

  • Le site Vanilla Milk référence tous les professionnels et bénévoles d’associations de soutien, allez-y ! 
  • Carole Hervé, notre consultante en lactation préférée, consulte à distance, ou dans son cabinet à Paris. Vous pouvez prendre rendez-vous sur son site www.questionallaitement.com
  • SOS Allaitement 75  : 0800 400 412
  • Le lactarium de votre région 
  • Et une application magique : Pacify ! Vous pouvez à toute heure du jour et de la nuit avoir accès par téléphone à des consultantes en lactation. C’est une application US (il faut donc parler anglais) à télécharger, vous payez ensuite un abonnement mensuel.

Sinon pour aller plus loin, et gérer les premières années avec bébé avec plus de sérénité , je vous propose de recevoir (gratuitement) le « PACK spécial bébé » : avec tous nos conseils pour gérer les premières séparations, colères, interdits, etc. ! Quelques pleurs et stress en moins, cela fait du bien 🙂

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Commentaires

Commentaires

1 réponse
  1. Sylvie
    Sylvie says:

    Maman de 2 enfants allaités plus de 2 ans chacun, je vous remercie pour cet article encourageant et très instructif pour les jeunes parents !
    L’allaitement, c’est la première rencontre avec bébé, le premier geste qui m’a appris à devenir une maman. Savoir prendre le temps pour son enfant, apprécier chaque instant sans aucun artifice, le regarder, le toucher, le plaisir de nourrir son bébé puis de le sentir s’endormir paisiblement contre sa peau ! Il n’y a rien d’autres à faire que de laisser faire la nature 🙂
    Beaucoup m’ont dit : « tu ne fais que ça, encore ? Ça prend du temps… » ; et je répondais que je n’avais rien trouvé de plus important à faire que d’aimer mon bébé et de me reposer avec lui ! Cette période ne dure pas, il faut en profiter comme d’un cadeau. Bien vite, l’enfant aspirera à autre chose, différemment, et nous aussi, tout en gardant dans notre mémoire tous ces moments exceptionnels.

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