sécurité enfants

En matière de sécurité enfants, on se sent souvent inquiet pour nos enfants, on ne veut pas qu’ils se fassent mal. Mais pourquoi nos enfants, eux, sont-ils si peu responsables ? Pourquoi ne pensent-ils pas d’eux-mêmes à mettre des chaussures pour ne pas se faire mal au pied ? Pourquoi ne se mettent-ils pas d’eux-mêmes sur les fesses pour descendre les escaliers ? Contrairement à nous, pourquoi la sécurité n’est-elle pas naturelle pour les enfants ? (enfin, pas pour descendre les escaliers sur les fesses, mais vous m’avez comprise !)

Est-ce que leur cerveau n’est pas assez mature pour évaluer le danger ? Pourtant cette partie du cerveau qui nous permet d’avoir peur en cas de danger – par exemple de courir pour fuir – est la partie primitive : elle est déjà développée chez nos enfants dès la naissance. Sauf que pour avoir peur du danger, encore faut-il comprendre qu’il y a un danger… Soit parce que l’attitude craintive de ses parents lui est naturellement transmise (comme pour les animaux), soit parce que le danger est expérimental (la chaleur du feu par exemple).

Leur apprendre à évaluer le danger doit donc passer par deux choses : leur faire ressentir notre propre crainte face à un risque et/ou leur laisser l’opportunité d’expérimenter. En interdisant quelque chose de dangereux à un enfant, on lui apprend à obéir, à respecter un interdit, mais on ne lui donne pas la possibilité de s’auto-responsabiliser.

Nos enfants peuvent-ils se responsabiliser face au danger dès le plus jeune âge ?

Avec Joy, je m’étais forgée la conviction que les enfants peuvent être responsabilisés en terme de sécurité très tôt et avoir conscience du danger dès le plus jeune âge. Sans être peureuse, Joy a toujours été prudente. C’est lorsque Léon a eu 9 mois que mes convictions ont commencé à être ébranlées. À le voir détaler à 4 pattes, prêt à dévaler l’escalier à toute vitesse, je me suis dit que la prudence n’était finalement peut-être qu’une question de tempérament.

Pourtant, aujourd’hui Léon a deux ans et, à notre grand étonnement, il est devenu très prudent, plus encore que sa sœur ! Depuis qu’il a un an, nous ne lui interdisons plus l’accès à l’escalier (voir l’article X), et aujourd’hui, il nous appelle systématiquement pour l’aider à le descendre. Et si nous ne sommes pas là, il descend prudemment sur les fesses.

Si, pour avoir des enfants qui se sentent responsabilisés en matière de sécurité, il faut prendre le risque de quelques petits bobos : je suis convaincue que c’est la meilleure des sécurités. Il y aura toujours une maison de vacances où l’escalier ne pourra pas être protégé, toujours une aire de jeux où ils pourront vaciller et on ne peut pas toujours être là pour les rattraper. La prudence et la concentration qu’ils auront développées restent la meilleure sécurité pour nos enfants.

Alors comment avons-nous amélioré le respect de la sécurité chez nos enfants ?

Aussi choquant que ça puisse paraître, nous ne leurs interdisons pas de couper avec des couteaux à viande (je ne parle pas des couteaux « de cuisine »), ni de couper une feuille avec les grands ciseaux, ni de courir autour d’une table à angles aigus, ni ne leur interdisons de nous aider à ramasser un verre cassé, ou de s’aventurer dans les orties. Plutôt que d’interdire, nous les en « dissuadons »…

Nous les invitons à prendre conscience du danger : « Regarde, mets ton doigts sur le couteau, tu as vu comme ça coupe ? ». Idem pour les bouts de verre : « Tu as vu, c’est petit un bout de verre mais ça coupe et ça peut faire très mal au pied ». Et pour la table, je les arrête pour les inviter à toucher l’angle avec leur main : « Attention à ta tête, ça peut faire mal ». Et nous veillons à accompagner nos paroles d’un ton inquiet, en accord avec le danger qu’ils courent. Comme ils ont déjà expérimenté de marcher sur un jouet pied nu (aïe !) ou de se taper la tête contre une table, ils savent de quoi je parle. Et comme je leur fais confiance et vaque à mes activités, ils sentent aussi que je ne suis pas là pour les protéger de ce danger : mes enfants se sentent responsables de leur sécurité et font davantage attention à eux-mêmes.

C’est exactement la même chose quand Joy me propose de m’aider à ramasser les bouts de verre d’un bol cassé. J’exprime simplement ma crainte :

«  –  J’ai un peu peur que tu te coupes.

– T’inquiète pas Maman, je vais faire attention… »

Et connaissant le danger de se couper, se sentant responsabilisée, elle va davantage se concentrer et il y a de fortes chances pour que tout se passe bien (évidemment, je garde un œil sur elle, mais en toute discrétion).

Si elle s’apprête à marcher dans les orties, je ne vais pas lui dire : « Ne passe pas par-là, il y a des orties » mais plutôt « Tu n’as pas peur de te faire piquer par l’ortie qui est là ? ». Et c’est elle qui va prendre la décision de s’en éloigner.

Jamais mettre ses chaussures pour marcher sur un sol « dangereux » n’a été une lutte (évidement ils ne marchent pas pieds nus dans Paris, je parle surtout des lieux de vacances).

S’il y a des graviers, Léon, aux pieds sensibles, va directement me demander ses chaussures, pas besoin de lutter. Et Joy semble insensibilisée, alors pourquoi vouloir la protéger ? L’autre jour nous avions cassé un verre dans la cour, nous avions consciencieusement ramassé les morceaux, mais on n’est jamais à l’abri d’un petit bout oublié. Plutôt que de l’obliger à mettre ses chaussures, j’opte une nouvelle fois pour la responsabiliser « Tu n’as peur de marcher sur un bout de verre oublié et te couper ? ». Cette fois, elle n’a pas choisi de mettre ses chaussures et par chance elle ne s’est pas coupée. J’ai donc bien fait de ne pas lui dire « va mettre des chaussures, tu vas te couper », parce que si après avoir lutté pour qu’elle les mette j’avais abandonné et l’avais laissée marcher pieds-nus, je me serais ainsi complètement décrédibilisée. Et si elle s’était coupée, ça n’aurait pas été une grosse blessure : on aurait mis un pansement « magique » et elle aurait tout simplement appris de son expérience pour les prochaines fois.

L’avantage de responsabiliser plutôt que d’interdire.

N’étant pas du genre à leur  « interdire » des activités,  je suis toujours étonnée quand Joy vient me demander « la permission ».

Comme cette fois où nous étions dans un parc où coulait un petit ruisseau. Les enfants étaient en maillot de bain et un garçon plus grand s’aventurait à traverser le petit ruisseau de 10 cm d’eau. Joy courut me demander « Maman, est-ce que je peux traverser le ruisseau ? ». Je me suis vraiment demandée pourquoi elle me demandait l’autorisation, alors qu’elle savait très bien que je ne l’aurais pas grondée de l’avoir traversé. C’est tout simplement parce qu’elle se sentait responsable. Dans ce cas, ne sachant pas s’il était dangereux ou non de traverser ce ruisseau, elle a préféré vérifier auprès de moi qu’il n’y avait aucun risque.

Bien sûr, chacun sa notion du danger. Certains d’entre vous trouveront peut-être que je suis une mère complètement irresponsable ! Mais je tiens simplement à souligner l’importance de sensibiliser les enfants en matière de sécurité pour les responsabiliser. Interdire à tout bout de champ risque de casser tous leurs élans, d’annihiler tout esprit d’initiative et de retarder leur autonomie.

En tant que parents, n’est-il pas de notre devoir de leur laisser faire leurs propres expériences… en leur apprenant à évaluer les risques?

Commentaires

Commentaires

2 réponses
  1. Fanny
    Fanny says:

    Cette approche est très intéressante. L’enfant est amené à se responsabiliser très rapidement.
    Pour ma part, je suis face à un dilemme. Nous habitons en étage élevé et la fenêtre s’ouvre vers l’exterieur. Ma fille a deux ans et j’ai peur qu’elle soit attirée par la fenêtre. Comment lui apprendre la notion de danger sans mettre de sécurité ici ? est il préférable de mettre des securités pour éviter un drame ? Que feriez vous dans cette situation ?

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