complexe d oedipe

L’Oedipe un sujet assez complexe !

Nous avons tous entendu parler du fameux complexe d’Œdipe mais savons-nous réellement ce que cela signifie ? Est-ce un mythe, une réalité ? Comment se manifeste-t-il chez l’enfant ? Allez, on vous en dit un peu plus sur le sujet et … sans complexe !

Je laisse la parole à Clémentine, Maman de Romain 4 ans et Vincent 18 mois.

(Attention : la théorie de Freud sur le complexe d’Œdipe date du début du XXe siècle, elle a connu beaucoup de critiques depuis sa sortie. Ici, il s’agit d’un article rédigé par une maman, et non une professionnelle. Ce témoignage s’inscrit dans cette théorie et il n’a pas valeur de vérité absolue.)

Vous avez peut être entendu comme moi, votre enfant du haut de ses 3 ans affirmer haut et fort: « Non pas papa, c’est que maman qui s’occupe de moi ». Cette phrase qui pourrait passer pour anodine je l’ai entendu des dizaines et des dizaines de fois. 
Mais alors d’où vient cette attirance, cette exclusivité, pour maman et ce refus catégorique et parfois violent de son papa ? Et pourquoi une petite fille à l’inverse va chercher à séduire son papa et à éloigner sa maman.

Œdipe, héros mythologique utilisé par Freud

Avant de commencer, petit éclaircissement sur ce nom venu d’une contrée lointaine. Dans la mythologie, un oracle prédit aux parents d’Œdipe que ce dernier tuera son père. Ses parents terrorisés par l’annonce de cette nouvelle abandonnent leur fils. Celui-ci est recueilli par une autre famille. Plus tard, en grandissant, la prédiction lui est révélée. Il décide, pour protéger sa famille, de s’éloigner de son père adoptif (qu’il croit être son père biologique) et sur son chemin, il tue un homme pour lui inconnu qui se révèle être son père biologique (pas de chance !). Il s’enfuit vers la ville la plus proche (Thèbes) et la libère du Sphinx. En remerciement, il lui est offert la récente veuve qui s’avère être sa mère. Vous l’aurez compris, l’histoire est assez complexe, ambigüe et, je dois le dire, assez farfelue aussi.
Donc à la base, Œdipe est bien un mythe qui, grâce à notre cher Freud, est devenu réalité dans notre quotidien de parents.

 

cool coaching

Le complexe d’Œdipe : une phase de développement

Ce qu’il faut avant tout comprendre, c’est que chaque enfant passera par ce fameux complexe car il fait partie intégrante de son développement. Cette étape constitutive est tout à fait normale.

Avant que la phase de l’Œdipe débute, notre enfant est petit, il dépend entièrement de nous. Notre lien avec lui est souvent fusionnel, et de ce fait, ce petit être n’a pas réellement la perception d’être une personne à part entière. Il ne se différencie pas de nous. Tout le monde vit un peu dans une bulle bien ronde. Ce n’est que vers 8-10 mois qu’il prend conscience qu’il est un être indépendant. Notre petit cercle va bouger pour devenir plus ovale. Notre bébé se sépare de nous tout en restant très attaché. Souvent la maman, figure d’attachement naturelle, reste la personne à laquelle l’enfant s’identifie. C’est aussi à cette période que peuvent apparaitre les angoisses de séparation qu’il faut apprendre à gérer avec délicatesse et bienveillance. Vous pouvez lire à ce sujet l’article : https://www.coolparentsmakehappykids.com/angoisse-de-separation-surmonter-douceur. Pourtant quand nous parvenons enfin à quitter notre enfant deux minutes sans qu’il se mette à hurler et que l’on trouve un peu d’équilibre, voilà qu’arrive une nouvelle tempête. 

En effet, un vent nouveau amène l’enfant à porter un regard inédit sur les adultes qui l’entourent. Vers 2/3 ans l’enfant va naturellement se tourner vers le parent du sexe opposé et par la force des choses entrer en rivalité avec le parent du même sexe. Notre ovale encore si doux va prendre l’allure d’un vrai triangle avec à chaque angle une entité définie : l’enfant/ le papa/ la maman. Cette triangulation père/mère/enfant est inévitable. Alors que chez certains ce triangle va rester relativement équilatéral, chez d’autres, les angles peuvent devenir assez aigus !

Chaque enfant en grandissant va passer par cette étape du complexe d’Œdipe, c’est inévitable et ce quelque soit la constitution de la famille. Si une figure est « manquante » dans la cellule familiale, l’enfant s’adaptera en prenant quelqu’un d’extérieur pour la représenter : un oncle, une tante, un ami, une marraine… Parfois même certains enfants vivent un complexe d’Œdipe inversé, (la petite fille veut épouser sa maman par exemple). Pas d’inquiétude là aussi, tout comme le complexe d’Œdipe général, ce n’est qu’un passage, ce n’est qu’une identification passagère vers une quête de l’autonomie et de l’apprentissage des sentiments.

Comment se manifeste ce complexe d’Œdipe ?

Mon mari rentre de 10 jours en déplacement en Italie, heureux de tous nous retrouver, tout le monde s’embrasse, rigole, chahute… bref, super moment, puis je vois le visage de mon garçon (3 ans à l’époque) devenir plus sombre et peu à peu virer à la colère. Mon mari et moi tentons de désamorcer la crise, de chercher ce qui ne va pas et d’un coup il finit par nous hurler : « papa il n’avait qu’à rester en Italie, c’était mieux sans lui, j’avais maman ». Stupeur, sans tremblement mais presque, quelle violence dans ces propos : nous ne nous attendions pas à cela.

L’enfant, en vivant ce complexe d’Œdipe , est pris dans un sentiment d’amour mêlé à un sentiment d’hostilité. Il va tenter d’attirer son parent : par exemple, certains petits garçons vont pavaner nus comme un ver dans le salon ou certaines petites filles vont vouloir embrasser leur papa sur la bouche. Vous entendrez peut être votre enfant dire qu’il veut se marier, voire avoir des enfants avec un de ses parents. Pas de panique, votre enfant n’est pas pervers, ni exhibitionniste, il est simplement en train de se familiariser avec une nouvelle complexité tout à fait saine dans sa construction psychologique. Il découvre sa première attirance sexuée (attention pas d’amalgame, ce n’est en aucun cas un fantasme sexuel !) De son point de vue, il vit cela sans aucune culpabilité car lui n’y voit aucun mal, aucune perversité. 

Adopter une attitude appropriée à cette situation.

En tant qu’adulte ce contexte peut nous mettre mal à l’aise. Pour ma part, je ne savais pas comment réagir les premières fois où Romain m’a tenu les joues pour me faire un bisou passionné sur la bouche, ni comment lui expliquer que son papa n’était pas son rival. En même temps, cela est flatteur de se sentir si important aux yeux de notre bambin. Ah, même dans nos têtes de parents le sujet se complexifie. 

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’enfant expérimente le désir, il n’a aucune mauvaise intention. Il ne connait pas toujours les codes, mais il vit cette attirance avec beaucoup de sérieux. Si nous le rabrouons trop fermement, il peut avoir le sentiment que ses émotions sont mauvaises sans réellement comprendre pourquoi. Il peut se sentir mal à l’aise à son tour et cela peut avoir des conséquences sur ses relations sociales à long terme. 

Notre rôle de parent est de poser des limites claires qui permettront à l’enfant de se construire sur des bases saines. Aucune ambiguïté ne doit rester, nous devons expliquer avec beaucoup de bienveillance ce qui est autorisé ou non.  Il faut savoir écouter et accueillir le ressenti de l’enfant tout en cadrant ses actes. A la maison, je tente de resituer la place de chacun : « Maman t’aime beaucoup car tu es mon enfant,  papa est mon amoureux et ce sont les amoureux qui s’embrassent sur la bouche. Papa aussi t’aime beaucoup, il ne va pas te voler ta maman car je serai toujours ta maman et dans mon cœur j’ai de la place pour toi, pour papa et aussi pour ton frère, vous êtes tous différents mais tous importants».

Vous pouvez aussi le prendre avec humour, mais gardons à l’esprit que pour eux cela est vraiment réel, c’est un sentiment profond. Il serait dommage qu’ils aient la sensation que l’on se moque d’eux et de ce qu’ils ressentent. 

Aussi en leur montrant les avantages à être avec l’autre parent et en favorisant le temps passé avec le parent « rival »  nous avons plus de chance que la situation s’apaise.

Quoi qu’il en soit, ce triangle qui se dessine doit rester en harmonie pour que chacun y trouve sa place. Quand un parent se sent trop lésé et que cela le bouleverse dans son for intérieur ou que l’enfant est trop fusionnel à un parent l’empêchant de bien vivre au quotidien, il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue. Même si ce complexe d’Œdipe est un passage inévitable, il est important pour le bien être de l’enfant (et de la famille) que chacun le vive posément. Il serait dommageable de laisser Œdipe abîmer les relations parents/enfants alors que l’objectif de cette étape est au contraire de construire la base d’une nouvelle sociabilité.

 

Enfin, il y a tout de même une limite à poser au complexe d’Œdipe par Freud. Le fameux psychanalyste a eu certaines difficultés à transposer sa théorie chez les petites filles. Également, Freud n’avait pas pris en compte la situation de nos familles modernes : famille monoparentale, famille adoptive, famille recomposée ou encore l’homoparentalité. La théorie du complexe d’Œdipe est un sujet aussi passionnant que sulfureux !

Commentaires

Commentaires

3 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.