préjugés éducation positive

Laxisme, mythe de l’enfant roi, adulte incapable de se défendre… Quels sont vraiment les méfaits de l’éducation positive ?

Rares sont les psychologues qui sont contre l’éducation positive. Ça paraît logique : difficile en effet d’être contre la paix, l’empathie et la bienveillance ! Cependant, plusieurs articles circulent sur Internet, diffusant des avis d’experts qui douteraient des bienfaits de ce mode d’éducation.

Par exemple, l’article de 20 minutes : « L’éducation bienveillante, véritable avancée ou concept fumeux? », dans lequel Nicolas Marquis, professeur de sociologie à l’université Saint-Louis de Bruxelles, dit : « On considère de plus en plus l’enfant comme un adulte en devenir. Il est désormais affublé de tout un tas de besoins dont on ne se préoccupait pas trop avant. Si hier on pouvait lui imposer des décisions en scandant « parce que c’est comme ça », aujourd’hui nombre de parents co-construisent son éducation avec lui », constate-t-il.

La nostalgie du « Parce que c’est comme ça »

Oui, on peut regretter le fameux « Parce que c’est comme ça » d’hier, parce que c’était plus simple pour les parents. C’est sûr, il est plus facile de diriger une dictature qu’une démocratie ! Tout comme en entreprise, le management “top down”, qui consiste à faire exécuter des ordres aux salariés sans leur demander leur avis, est en théorie plus simple (même si, en pratique, il est loin d’être plus efficace).

Si, en effet, un enfant obéissant est plus facile à gérer pour les parents, est-ce vraiment ce que nous voulons pour son épanouissement ? Souhaitons-nous que notre enfant devienne un de ces collaborateurs qui finissent à minuit le soir, juste parce qu’ils ne savent pas dire non à leur employeur ?

Pire que cela, souhaitons-nous que nos enfants, qui apprennent de nous avant tout par imitation, se comportent de façon autoritaire avec leurs pairs (et plus tard leur famille et tout leur entourage), souhaitant imposer leur point de vue sans prendre en compte les avis et les idées de chacun ?

Bref, souhaitons-nous vraiment inculquer à nos enfant cette culture du rapport de force, qui fait tant de mal à notre société ? Leur apprendre le respect mutuel n’est-il pas un projet éducatif plus positif ?

L’éducation positive, malheureusement, est souvent taxée de laxiste. Pourtant, il y a un gap entre les deux ! Prenons l’exemple d’un enfant qui ferait une colère pour aller à l’école. Un parent laxiste lui dirait : “Bon allez, d’accord, tu n’y vas pas aujourd’hui”. Un parent positif, lui, tout en accompagnant son enfant sur le chemin de l’école, écoutera son enfant, essayera de comprendre les raisons de ce refus, et essayera de trouver avec son enfant des solutions pour améliorer la situation.

Respecter son enfant, l’écouter, le comprendre, l’encourager, le motiver, voilà ce en quoi consiste l’éducation positive : il ne s’agit pas de le laisser décider de tout comme certains préjugés le laissent croire, ni de lui imposer les choses de façon autoritaire comme certains le préconisent. Les limites sont importantes, l’éducation positive n’est pas une éducation laxiste, elle ne considère pas le bien être des enfants comme supérieur à celui des parents, mais à égalité. C’est la raison pour laquelle on est bien loin de l’enfant-roi, qui n’hésite pas à piétiner le bien-être se des parents pour son bon-plaisir.

Les enfants ne comprennent pas toujours le sens des règles, il faut donc les leur imposer. 

La psychanalyste, Claude Halmos confiait au Figaro : « L’éducation ne peut pas se faire sans autorité car l’enfant petit est toujours, dans un premier temps, à mille lieues de pouvoir accepter les règles qu’il vit comme un obstacle à son bon plaisir »

Oui, en effet, un petit enfant ne comprend pas tout, et ne peut donc pas accepter facilement les règles car il n’a pas toujours conscience de leur bien fondé. Mais pourquoi ne pas choisir de lui faire respecter cette règle de façon douce, ludique, légère, plutôt que de la lui imposer de façon autoritaire ? Est-on obligé de dire « Vous rangez la chambre, parce que c’est comme ça et pas autrement » plutôt que « Concours de rangement de chambre, tous en équipe contre le chrono ! » ? Nos enfants aiment jouer, rire, s’amuser, c’est leur grande force, force qui – chez nous – s’est petit à petit effacée. Cet amour du jeu peut être un super levier pour leur donner envie de coopérer, beaucoup plus efficace que de les braquer avec des ordres qu’ils ne comprennent pas !

L’éducation positive fait des enfants qui ne savent pas se défendre

Selon l’interview de 20 minutes : . « Il semblerait que les enfants élevés de cette manière aient davantage de risques d’être harcelés à l’école. Car ils n’ont pas l’habitude de se venger et ne savent pas toujours comment se défendre face à leurs agresseurs », indique Isabelle Filliozat

Cette position me surprend vraiment. L’objectif principal de l’éducation positive est de donner confiance en soi à nos enfants, de leur donner une image positive d’eux-mêmes, de les encourager à développer leurs forces et leurs talents. Sereins, bien dans leur peau, ils ne sont ni dociles, ni agressifs. Généralement, on observe que les harceleurs s’attaquent de préférence aux plus faibles. Un enfant qui a confiance en lui, qui ne montre pas de faille de ce côté là, n’est donc pas une cible de choix.

En apprenant à réagir aux attaques, on arme également notre enfant. Un agresseur aura vite fait de laisser tomber s’il voit que ses paroles n’ont pas d’effet, que la victime ne réagit ni avec peur ni avec violence. Un enfant éduqué dans la bienveillance aura développé un sens de l’empathie et sera capable de comprendre qu’un camarade méchant est souvent lui-même malheureux. Et de plus, ayant bâti une relation de confiance avec ses parents, il n’hésitera pas à se confier à eux en cas de problème.

Il y a, évidemment, mille raisons pour qu’un enfant devienne une « victime ». Et je ne dis pas que l’éducation positive met notre enfant à l’abri définitivement. Mais d’après moi, l’éducation positive ne fait pas de nos enfants des victimes désignées. Au contraire.

L’éducation positive prive nos enfants de leurs années d’insouciance

L’article de 20 minutes mentionne aussi : « Selon Nicolas Marquis, si l’éducation positive bénéficie aux enfants, elle les prive aussi d’une série d’avantages : « Lorsque l’on a l’impression d’être un peu responsable de sa vie, on n’est plus enfant de la même manière. Cela prive d’une forme d’insouciance », estime-t-il.

En effet, l’éducation positive consiste à responsabiliser son enfant quand c’est possible : il est responsable de son cartable, responsable de son goûter, responsable de s’être trop ou pas assez couvert pour sortir… Ainsi, il acquiert tôt une certaine autonomie et apprend à se débrouiller. Mais cela n’est pas incompatible avec la joie de vivre !

Au contraire, quelle fierté pour un enfant d’être capable de se débrouiller seul !

De plus, l’éducation positive insiste sur le fait qu’un parent ne doit jamais rabaisser ou humilier son enfant. Au contraire, il doit l’encourager à s’exprimer au lieu d’être sur son dos en permanence. L’éducation positive cherche bien à cultiver cette joie de vivre, un vrai trésor pour nos enfants.

L’éducation positive culpabilise les parents

Toujours dans 20 minutes, Nicolas Marquis souligne que l’éducation positive fait croire aux parents qu’ils pourront avoir un quotidien sans colère, ni crise, ni lutte : « Quand la négociation avec l’enfant ne fonctionne pas, certains parents culpabilisent et se disent que c’est de leur faute. Alors que l’éducation positive n’est pas une méthode miracle ».

De même, pour Claude Halmos dans le Figaro : « Faire croire aux parents qu’ils pourraient éduquer sans conflit et devraient surtout réussir à faire abstraction d’eux-mêmes, à tout supporter, à n’avoir jamais un mot plus haut que l’autre et à rester zen en toutes circonstances est une absurdité. Une absurdité culpabilisante et dangereuse pour leurs enfants »,

C’est aussi l’avis de Béatrice Kammerer qui, dans l’article de Slate.fr « L’Education «positive» n’est pas aussi positive qu’on croit », explique : « La parentalité positive promeut une vision du verre-à-moitié-plein des difficultés que l’on rencontre quotidiennement avec son enfant mais propose souvent une vision du verre-à-moitié-vide de la capacité parentale : on n’est plus le «parent suffisamment bon» qui chemine pour devenir encore meilleur, on est juste celui qui a infligé une décharge de cortisol –l’hormone du stress– inutile à son bébé en pleurs, celui qui a ruiné la certitude de notre amour inconditionnel de son enfant par un «je n’ai pas le temps, j’ai du travail», celui qui a promu la dépendance à la validation de l’adulte par un « c’est beau, c’est bien » à la réception d’un dessin. Bref, bien souvent  si on est pas 100% parent positif, on est juste 100% nul.

Tous les éléments sont ici réunis pour qu’une théorie psychologique, aussi utopiste, aussi respectueuse de l’individu, aussi riche soit-elle, se transforme en une norme éducative plongeant les hordes de parents épuisés dans la culpabilité et le sentiment d’incompétence. »

Je suis tout à fait d’accord, en effet, pour dire qu’il n’y pas de méthode miracle, il serait utopique de dire que l’éducation positive est une éducation sans conflit.

Cependant ce n’est pas l’éducation positive qui est visée ici, ni ses principes ni ses méthodes, mais plutôt la façon dont, peut-être, certains auteurs la retranscrivent.

En effet, en lisant certains auteurs pro-éducation positive, on peut presque ressentir que leurs enfants à eux sont déjà grands, et avoir l’impression qu’ils ont oublié la réalité des jeunes parents,  le quotidien épuisant.

En outre, faire disparaître les conflits n’est pas l’objectif N°1 de l’éducation positive. Ça serait complètement irréaliste ! Nous avons beau présenter les choses de façon respectueuse et bienveillante à notre enfant (par exemple : on met le sucre hors de sa portée, en lui expliquant que l’on comprend qu’il en veuille, que nous aussi on aimerait en manger tout le temps mais que malheureusement, on ne peut pas en abuser), ça n’est pas pour cela que la décision lui conviendra. S’il n’est pas d’accord, il peut l’exprimer et vouloir rentrer dans une dispute. Cela arrive, c’est la vie.

Il ne s’agit pas non plus de devenir des parents parfaits, toujours patients et à l’écoute. D’abord parce que c’est impossible : cela n’existe pas, nous sommes des humains ! Mais aussi parce que si nos enfants avaient des parents parfaits, cela serait très culpabilisant pour eux de se voir si imparfaits, et si loin de cet idéal parental ! Nous voir craquer parfois, avoir du mal à gérer notre colère ou toute autre émotion, ça rassure : “En fait, c’est normal, ça arrive à tout le monde, même à ma maman !”.

Ce qui compte, c’est d’être le plus heureux possible, pas de devenir parfait.

Parmi tous les mots que j’ai pu recevoir suite à la sortie de mon livre “Cool Parents Make Happy Kids”, ceux qui m’ont le plus touchés sont justement ceux qui me remerciaient d’avoir réussi à les déculpabiliser. C’était justement mon objectif : rendre l’éducation positive accessible à tous (et particulièrement aux parents imparfaits !), en présentant des outils, des astuces, mais en aucun cas des formules magiques qui marcheraient à tous les coups…

Parfois, on n’arrive pas à éviter une crise, mais celle-ci ne remet pas en cause notre rôle de parents, ni notre enfant. Parfois, c’est juste la fatigue. Un conflit entre un parent et un enfant, cela n’a rien de grave, cela fait juste partie de la vie.

On dit qu’aujourd’hui, les livres d’éducation se vendent par brouette. Les rayons “Education” des libraires sont pourtant bien  moins conséquents que dans nos pays voisins. Combien de parents ont lu un livre d’éducation en France ? 1 sur 10 peut être. Combien avons-nous de livres de cuisine chez nous ? On ne les compte même plus !

Je rêve que demain, bientôt, nous ayons dans nos bibliothèques plus de livres d’éducation que de livres de cuisine. Et mon objectif, avec le livre CPMHK, est d’amener tous les parents à s’y intéresser, sans peur de culpabiliser. Prenez soin de vous et de votre famille.

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