La Communication Non-Violente ou CNV a pour objectif dâinstaurer une relation basĂ©e sur la bienveillance et lâempathie. Cet outil de communication verbale vise Ă prĂ©server la qualitĂ© de la relation dans le respect de soi et de lâautre. Il a Ă©tĂ© Ă©crit et dĂ©veloppĂ© par Marshall Rosenberg dans son livre âLes mots sont des fenĂȘtres ou bien ce sont des mursâ. Plus quâune mĂ©thode, câest mĂȘme une philosophie de vie, une Ă©thique relationnelle que lâon peut utiliser avec nos enfants, et plus largement dans notre vie professionnelle ou amicale. Pour en parler, je laisse la parole Ă mon amie Caroline, maman de Sidney, 14 ans, NoĂ©, 8 ans et IsĂŻa, 5 ans.
Quand les mots blessent la relation
âPourquoi tu tires toujours les cheveux Ă ta sĆur ?â
âTu peux prĂȘter quand mĂȘme, tu nâes quâun Ă©goĂŻste !â
âComment veux-tu que jâaie confiance en toi ?â
âTu nâas toujours pas rangĂ© ta chambre ! Il serait temps de sây mettre !â
Elles vous disent quelque chose ces petites phrases ? Je me suis entendue les dire si souvent !

Vous avez remarquĂ© qu’on utilisait parfois des mots blessants pour faire rĂ©agir nos enfants (ou l’autre en gĂ©nĂ©ral) ? Par ces petits pics, on cherche Ă toucher l’autre dans son amour propre, ou Ă lui signifier simplement notre agacement face Ă la situation. Mais que se passe-t-il quand ces mots s’insinuent au quotidien ? Quand ils sont prononcĂ©s d’un ton pĂ©remptoire par la personne la plus importante au monde Ă nos yeux ?
Pensez-vous qu’un enfant puisse construire son estime de soi quand on instille ces petits coups (et souvent sans mĂȘme y penser) ? L’objectif n’est pas de culpabiliser (j’ai essayĂ©, ça n’aide pas Ă avancer )… parce qu’il est certain que nous faisons tous de notre mieux. Et que 80, 90% du temps (voire plus), nous sommes le parent bienveillant que nous rĂȘvons d’ĂȘtre…
Et puis, parfois, quand les mots ne touchent pas assez justes, nous essayons une autre approche comme les cris ou la punition. LĂ encore, avez-vous remarquĂ© qu’on peut parfois rĂ©pĂ©ter les choses 5 fois, 10 fois, 100 fois… et ça ne rentre pas ! Et si (quand ?) on les punit, ils recommencent de plus belle Ă peine la punition levĂ©e. (Dâailleurs, mon fils ne se rappelle mĂȘme pas pourquoi il a Ă©tĂ© puni⊠câest bien la preuve que ce nâest pas trĂšs utile !)
Bref, j’avais envie d’essayer une approche de communication pour moins crier, et surtout, construire une relation respectueuse dans la durĂ©e. Parce que des parents bienveillants font des enfants Ă©panouis, non ?
Pourquoi utiliser la CNV pour une éducation non violente ?
Toutes les remarques dĂ©sagrĂ©ables, les critiques, les jugements, les comparaisons, les exigences sont autant de moyens dâexpression qui viennent abĂźmer la relation.
âTu nâes vraiment pas douĂ© !â âOh, non. Tu as encore oubliĂ© tes chaussures, un jour, tu oublieras ta tĂȘteâ. âTu vois, ton frĂšre, il a compris, lui !â
Et si on inversait les rĂŽles ? Que ressentirions-nous si notre compagnon ou notre boss nous parlait ainsi jour aprĂšs jour ? On se sentirait nul(le) ? Pas valable ? Inutile ? Minable ? On perdrait confiance en nous. Et moins on a confiance, moins on est capable dâĂ©voluer, de sâamĂ©liorer.
En CNV, on essaye dâĂ©viter les Ă©tiquettes, les cases, les âtoujoursâ et les âjamaisâ. On est inviter Ă prendre du recul sur la situation. Ă rester objectif et bienveillant. Ă Ă©couter notre ressenti. Ă ĂȘtre vraiment observateur de la scĂšne, sans se laisser embarquer dans toutes les pensĂ©es qui se construisent Ă vitesse grand V dans notre cerveau sur-entraĂźné⊠(Si, si, je suis sĂ»re que vous le connaissez, ce petit vĂ©lo ââïž qui pĂ©dale et qui sâĂ©nerve avant mĂȘme que notre enfant ait ouvert la bouche !)
Marshall Rosenberg disait :
âLâobjectif de la Communication Non-Violente nâest pas de changer les autres et leurs comportements afin dâobtenir ce que nous voulons. Il est dâĂ©tablir des relations fondĂ©es sur la sincĂ©ritĂ© et lâempathie qui, au bout du compte, satisferont les besoins de chacun.â
| Communication bienveillante, communication consciente, communication empathique, CNV : quelle différence ?
On utilise souvent diffĂ©rents noms pour dĂ©signer ces thĂ©matiques de communication sans violence. En fait, la Communication Non-Violente a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par Marshall Rosenberg et est une marque dĂ©posĂ©e. Mais de nombreuses approches ont pour objectif de crĂ©er une communication gagnant-gagnant. Beaucoup dĂ©coulent des travaux du psychologue amĂ©ricain Carl Rogers dont M. Rosenberg Ă©tait lâĂ©lĂšve. On retrouvera ces intentions dans de nombreux courants de parentalitĂ© positive et bienveillante tels que ceux dâIsabelle Filliozat ou encore Faber et Mazlich. |
Ătre Ă lâĂ©coute de lâĂ©motion
Parce que la Communication Non Violente est avant tout centrĂ©e sur le langage des Ă©motions, les nĂŽtres et celles de notre interlocuteur, elle peut sâutiliser avec nos enfants bien avant quâils nâaient accĂšs Ă la parole. Beaucoup des comportements de nos enfants dĂ©coulent de leurs Ă©motions. En aidant nos petits Ă distinguer et comprendre leurs ressentis, ils vont petit Ă petit pouvoir commencer Ă les reconnaĂźtre, puis Ă les apprivoiser. Cela va leur permettre de dĂ©velopper leur intelligence relationnelle.
Si un enfant nâest pas pris en compte dans ses Ă©motions, voire sâil est puni quand il les exprime, cela risque de fragiliser son estime de soi, sa sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, si importantes pour devenir adulte. Bien sĂ»r, rien nâest figĂ© : cette estime de soi pourra se construire Ă tout Ăąge.
Un enfant sent, ressent lâĂ©motion dans son corps. Il va donc naturellement lâexprimer physiquement. Certains trouveront cette expression trop bruyante, trop turbulente, trop Ă©nergique⊠âArrĂȘte ton caprice !â âTais-toi !â âCâest tellement ridicule de se mettre dans un Ă©tat pareil pour une petite voiture ?â Si nous lâempĂȘchons de lâexprimer, il sera difficile pour lui dâapprendre Ă voir ce quâil y a derriĂšre lâĂ©motion, et il risque de penser que lâĂ©motion câest mal, et quâelle ne doit pas âsortirâ. En bref, on essaye d’accueillir avec bienveillance.
Un enfant grandit avec le modĂšle de relation quâon lui prĂ©sente. Il va construire son mode de communication en fonction de ce quâil va apprendre de son entourage, de ses parents, de ses enseignants⊠Plus on aura fait preuve dâempathie envers lui, plus il sera capable de la dĂ©velopper pour les autres.
Voici donc une chouette mission pour nous parent : lui donner les clés pour distinguer, comprendre ses ressentis et savoir ensuite réagir dans son environnement.
Lâintention bienveillante ou comment notre regard influe sur notre vision
Avant mĂȘme de rentrer dans les 4 Ă©tapes de la CNV qui permettent de transformer un conflit en dialogue, le prĂ©alable est lâintention bienveillante (stop au petit vĂ©lo ââïž).
Prenons une situation :
Matin dâĂ©cole classique. RĂ©union au bureau Ă lâhorizon. Cela fait plusieurs fois que j’interpelle NoĂ© (6 ans Ă lâĂ©poque) qui est dans la salle de bain depuis un moment alors que nous devons partir. FatiguĂ©e dâappeler sans rĂ©ponse, je rentre dans la piĂšce et le retrouve⊠Debout sur la vasque du lavabo, un feutre Ă la main. Mon sang ne fait quâun tour et je mâĂ©nerve : âNon mais ça ne va pas la tĂȘte ? Tu es debout, sur la vasque de lâĂ©vier, qui en plus est toute mouillĂ©e ! Tu vas glisser, tomber et te faire trĂšs mal en retombant sur le tabouret ! Et en plus, elle est fixĂ©e dans le mur cette vasque ! Quâest-ce quâon fait si tu casses tout et que ça arrache les tuyaux ?â
Il se dĂ©cale et laisse apparaĂźtre un gros cĆur dessinĂ© sur le miroir avec Ă©crit PAPA et MAMANâŠ
Exemple de communication classique
Je suis pressĂ©e. Je m’impatiente et les pensĂ©es m’assaillent (attention vĂ©lo ââïž) : âMais il le fait exprĂšs ! Ăa fait 10 fois que je lâappelle et il ne me rĂ©pond pas ! Et en plus, lâheure tourne et jâai une rĂ©union ce matin Ă laquelle je ne peux pas arriver en retard.â Ce va rendre plus difficile dâĂȘtre disponible et bienveillante.
Reprenons la scĂšne avec une couleur de Communication Non-Violente
Ă l’inverse, si je suis persuadĂ©e que mon enfant est un ĂȘtre merveilleux, incroyablement curieux et qui a envie de bien faire, ma rĂ©action sera dĂ©jĂ beaucoup plus douce et comprĂ©hensive.
Avant de vous expliquer le processus de la communication non violente dans le dĂ©tail, si vous avez envie de continuer votre cheminement autour de l’Ă©ducation bienveillante, n’hĂ©sitez pas Ă nous laisser votre email pour recevoir gratuitement notre « Pack Ă©ducation positive ». Un dossier pleins de conseils et d’astuces faciles Ă mettre en place pour embellir la relation avec vos kids. Plus de coopĂ©ration en criant moins, ça fait du bien, non ?
âOSBDâ, les 4 temps de la Communication Non-Violente
1. LâObservation (sans jugement)
Il sâagit dâexposer les faits de maniĂšre objective sans jugement ni Ă©valuation pour ne pas ĂȘtre dans la critique (on imagine quâune camĂ©ra filme la scĂšne, sans avoir un filtre des Ă©motions).
Dans notre exemple, ce sera : âje rentre dans la salle de bain, mon fils est debout sur le lavabo avec un feutre Ă la mainâ.
2. Lâexpression des Sentiments
On essaye de mettre des mots sur nos ressentis et peut-ĂȘtre aussi sur les siens. Il sâagit bien de remarquer le sentiment, et non une pensĂ©e qui sera souvent une interprĂ©tation. Une des clĂ©s est dâutiliser le JE plutĂŽt que le TU. Si je pars de mes Ă©motions, lâautre ne peut que constater ce que je vis. Avec le TU au contraire, on risque dâaccuser.
âOh ! Je vois que tu es debout sur la vasque. Cela me fait trĂšs peur car elle est mouillĂ©e et je crains que tu ne glisses et te fasses trĂšs mal !â (Ici, j’en profite pour le prendre sous les bras et le dĂ©poser par terre.)
3. Trouver le Besoin non satisfait
Comme tous les ĂȘtres humains, nous (et notre enfant) avons des besoins. Parmi les besoins fondamentaux, on trouve les besoins physiologiques (se loger, manger, dormir), le besoin de sĂ©curitĂ©, le besoin dâappartenance mais aussi dâestime de soi, de rĂ©alisation de soi, dâamour, etc.
Il sâagit de clarifier le besoin qui nâest pas satisfait chez nous et qui provoque lâĂ©motion et aussi de reconnaĂźtre celui que notre enfant cherchait Ă satisfaire.
âJe vois que tu tâes appliquĂ© Ă faire ce dessin et cela me touche beaucoup. Mais jâai besoin de te savoir en sĂ©curitĂ©. Jâai peur que tu te fasses mal et casses le lavabo !â
Ă ce stade, on pourra chercher comment nous pouvons le satisfaire : lâautre nâest âquâune stratĂ©gieâ pour remplir ce besoin. Par exemple, si jâai besoin dâattention et que mon chĂ©ri nâest pas disponible pour le moment, je pourrai me tourner vers mes enfants ou des amisâŠ
4. Formuler une demande (et pas une exigence)
Cerise sur le gĂąteau : on pourra formuler – ou pas – une demande. âEst-ce quâil serait possible que, la prochaine fois, tu dessines sur une porte-fenĂȘtre ou sur la paroi de la douche en gardant les pieds au sol ?â. Câest une formulation concrĂšte et objective, car si je dis âjâai besoin que tu fasses attentionâ, jâai toutes les chances quâil me rĂ©ponde âMais jâai fait attention Mamanâ. Ce qui est sĂ»rement vrai ! Par contre, on essaiera de formuler vraiment une demande, et ĂȘtre prĂȘt Ă entendre quâelle puisse ne pas convenir Ă lâautre. Câest en cela que ce nâest pas une exigence. Vaste programme !
Autre possibilitĂ© : chercher ensemble une solution, ce qui sera parfois encore plus efficace. âQuelle solution pourrions-nous trouver pour que je sache que tu es en sĂ©curitĂ© ?â
Pour conclure sur la pratique de la communication non violente
La Communication Non-Violente est un super outil pour construire et préserver notre relation avec nos enfants, mais le travail commence par nous !
Puisque pour lâutiliser, mieux vaut nous mettre au clair sur NOS Ă©motions et NOS besoins. Cela peut sembler ĂȘtre une montagne pour beaucoup dâentre nous, mais je vous rassure avec un peu de dĂ©veloppement personnel, on Ă©volue plus vite quâon ne lâimaginait. Et si vous avez envie de vous faire accompagner, il y a toujours les coachings CPMHK qui sont dâune prĂ©cieuse aide.
Enfin, nâoublions pas que changer notre mode de communication prend du temps. Donc pour commencer, soyons patients et bienveillants avec nous-mĂȘmes. Comme pour le vĂ©lo, rien n’est innĂ© (surtout qu’on nous a rarement appris Ă communiquer de maniĂšre bienveillante). On essaie, on trĂ©buche, on trouve l’Ă©quilibre, on s’Ă©gratigne les genoux… et puis, un jour, on voit qu’on a parcouru toute la rue sans tomber ! Quelle fiertĂ© !
Essayer, tomber et recommencer, câest aussi ça le mĂ©tier de parent !
Livres Ă lire autour de la communication non violente
- Comportement de mon enfant : comment mes paroles peuvent lâamĂ©liorer
- Comment utiliser la communication non violente pour éduquer notre enfant
- Dire « NON » Ă son enfant tout en restant POSITIF, câest possible !
- Fini les critiques nĂ©gatives avec nos enfants â Mon astuce pour positiver !

Pour vous former Ă la CNV, je vous recommande chaudement les formateurs certifiĂ©s par le CNVC, le Centre pour la CNV. Elles vous garantissent la qualitĂ© de la transmission et l’intĂ©gration dans un rĂ©seau pour vous soutenir dans votre pratique. Formations disponibles sur le site de l’AFFCNV (Association Française des Formateurs en CNV).
Je suis toujours ravis de voir des articles au sujet de la communication non violente. Nos enfants mĂ©ritent de connaĂźtre une vie ou les parents agissent avec conscience. Le temps de l’ignorance vient Ă sa fin, continuons de nous informer et ainsi donner le meilleur de nous mĂȘme en tant que parent. Merci CoolParents đ
J’aimerai rĂ©ussir Ă communiquer avec mes enfants de cette façon car ils le mĂ©ritent, cependant le « petit vĂ©lo » prend souvent le dessus