Avant de prendre le sujet à bras le corps, décortiquons d’abord ces trois mots juxtaposés : Violence Éducative Ordinaire (nommée VEO). La violence éducative ordinaire regroupe toutes les formes de violences qu’elles soient physiques (châtiment corporel, claque, fessée, tape…), psychologiques (amour conditionnel, menace, humiliation, chantage…) ou verbales  (insultes) utilisées envers les enfants dans un but éducatif communément admises et tolérées par la société (ordinaire). Des phrases toutes “bêtes”, mais quand on y pense, assez blessantes “Continue comme ça et personne ne voudra de toi” “Tu ne peux pas faire comme ta soeur ?” “T’es insupportable ! ” (= On ne peut pas te S U P P O R T E R), “T’es bête ou quoi ?”, “Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?”…

L’idée derrière cet article n’est pas de culpabiliser ou de nous donner la sensation d’être un mauvais parent, mais plutôt de mettre en lumière et de questionner des pratiques qui nous paraissent banales et tolérables, souvent parce qu’elles ont fait partie intégrante de notre modèle éducatif (famille, école, société).

Je laisse la parole à Clémentine, maman de Romain 4 ans et Vincent 19 mois pour vous en dire un peu plus sur le sujet.

 

En France, les VEO ont fait débat dans les plus hautes sphères de l’État. La France avance à petits pas. Le 2 juillet 2019, une loi a été votée précisant que « l’autorité parentale doit s’exercer sans violence physique, ni psychologique ». Alors que de nombreux pays voisins ont voté des lois interdisant toutes formes de VEO, nous voyons bien que la France reste timide et relativement vague sur le sujet. Cette rédaction du texte législatif laisse toujours planer l’idée que dans notre pays le droit de correction est admis. En bref, on tolère une forme de violence et/ou de pression psychologique dès lors que les vertus sont dites « éducatives ». 

Pourquoi a-t-on recours à cette « violence éducative ordinaire » ?

La reproduction d’un modèle éducatif

Le sujet des VEO est houleux, les avis divergent souvent et soulèvent parfois des discussions animées. Qui n’a jamais entendu dire « j’ai reçu des fessées quand j’étais petit et cela ne m’a pas traumatisé. Regardez aujourd’hui, je ne m’en sors pas trop mal ». Évidemment, c’est la première raison pour laquelle nous avons recours aux VEO : nous répétons ce que nous avons vécu. Pour la plupart d’entre nous, sans en avoir conscience, les VEO faisaient partie de notre quotidien. Elles sont assez banales en quelque sorte, donc tolérées. Nous avons grandi avec cette éducation que l’on peut qualifier de « traditionnelle ». Nous ne la remettons pas nécessairement en question, étant persuadés inconsciemment que ces violences étaient méritées puisqu’elles avaient pour but de nous éduquer. 

Un rapport dominant-dominé

Dans la vision classique de la famille, et de la société en général, l’adulte a une position de dominant. L’enfant est perçu comme un petit être en proie à des émotions ingérables qu’il faut éduquer, voire dresser, à tout prix. Ce rapport de force entre adulte (parents ou professionnels de l’enfance) et enfant est inscrit dans notre histoire

Une vision de l’enfant manipulateur

De plus, il persiste dans les esprits qu’un enfant peut manipuler un adulte. Cette idée est souvent relayée par des professionnels de la petite enfance (enseignant, nourrice, médecin…). Vous savez, comme si un enfant de 2 ans pouvait calculer que s’il fait telle action, il obtiendra telle réponse du parent (les neurosciences prouvent qu’avant 4 ans, un enfant n’a pas une construction mentale qui lui permettrait cette soi-disant stratégie de manipulation). En fait, nous projetons un raisonnement d’adulte sur nos enfants, car nous avons perdu cette innocence et ce rapport direct à nos émotions ou à nos besoins. 

Pour ma part, je me suis déjà entendue dire « il faut être plus ferme », « ne te laisse pas faire, ce sont les parents qui décident ! »… Alors que dans certaines situations, je ne voyais pas réellement de problème. Malgré tout, ce genre de remarques ne laisse pas indifférent. J’ai remarqué que mon comportement vis-à-vis des enfants avait tendance à changer. Par peur de cette idée d’avoir un « enfant roi » ou un « enfant tyran » ou par peur d’être perçue comme « laxiste ». J’avais tendance à affirmer plus fermement mes positions.

Catherine Guegen, qui a mis en lumière le développement de l’enfant dans l’éclairage des neurosciences à travers son livre « Pour une enfance heureuse », démontre à quel point cette fausse image et ces fausses étiquettes, que l’on attribue aux enfants, alimentent ce rapport de force entre parent et enfant. 

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L’impact des violences éducatives ordinaires sur les enfants

Ce qu’il faut comprendre, c’est que bien souvent nous agissons par méconnaissance.

Évidemment, je ne connais pas de parents qui ont l’intention de faire du mal, d’être méchants ou de « casser son enfant ». Nous avons plutôt tendance à vouloir être bienveillants, emphatiques, à l’écoute. Par contre, pris dans notre quotidien, dans notre besoin de silence ou de ne pas être dérangés, nous oublions de prêter attention à nos réactions. Et nous avons programmé un type de réponse pas toujours en accord avec la parentalité positive.

Nous ne voyons pas réellement les impacts de ces violences, physiques ou psychologiques, sur nos enfants.

Critique, jugement, moquerie… quand les mots blessent l’estime de soi

Ce que l’on sait, c’est que l’enfant porte beaucoup d’importance aux critiques des adultes. Eh oui, nos petits bambins se construisent aussi un peu à travers nos yeux. Ils n’ont pas encore les capacités de prendre du recul sur nos paroles. Ainsi, les jugements, les moqueries, les invectives, les humiliations impactent souvent la confiance et l’estime de soi que l’enfant aura en lui-même. 

Évidemment, rien n’est figé, chaque enfant réagit différemment et fera son chemin. Cependant, il est difficile d’imaginer qu’un enfant qui entend à longueur de journée (de la part de ses parents ou de la nourrice ou de l’enseignant) des paroles finalement pas si anodines telles que « t’es bête ou quoi ? », « tu me fatigues », « j’en peux plus de toi », « tu n’arrives à rien »… puisse se construire de manière solide avec une belle image de lui. Son parent, la personne qui dit l’aimer par-dessus tout et doit le protéger, la nourrice qui doit le materner ou l’enseignant qui doit lui apprendre, lui renvoie une vision très négative. L’enfant prend souvent cela pour argent comptant et se construit autour de l’image que l’adulte lui renvoie.

Ainsi, plus notre regard et nos paroles seront bienveillants sur l’enfant, plus son estime de lui sera renforcée. Cependant, n’oublions pas qu’une fois grand, l’enfant aura toujours la possibilité de gagner confiance en lui, et de se débarrasser de l’image qu’il avait de lui enfant.

La violence génère la violence, un cercle vicieux

L’autre point que l’on peut souligner, c’est que notre enfant apprend par imitation. Donc, si nous cherchons à obtenir des choses par la force, la violence, le chantage ou la menace, il y a de fortes chances pour qu’il utilise le même type de fonctionnement avec les autres.

De même, si l’on réprime chez lui les comportements qui ne nous plaisent pas par la punition (privation de liberté, de quelque chose), la mise à l’écart ou en le rabaissant, il y a de fortes chances pour qu’il ait du mal à être tolérant avec ceux qui ne se comportent pas de la “bonne façon”. Pourquoi agirait-il autrement puisque c’est ainsi que l’on agit avec lui ?

L’enfant apprend à se couper de ses ressentis pour se protéger

La dernière conséquence, que ces VEO peuvent avoir sur les enfants, est que bien souvent, elles les coupent de leurs émotions. Dans l’éducation traditionnelle, les émotions comme la colère, la tristesse, la peur sont considérées comme “négatives” et n’ont pas lieu de s’exprimer. “C’est ridicule de pleurer pour ça”. “Mais non, tu n’as pas mal” (alors qu’il vient de tomber). “Tu arrêtes tout de suite ta colère”, etc. Difficile alors d’apprendre à s’écouter ou d’exprimer son mal-être quand cela a été montré du doigt, quand nous étions enfants et que nous devions “ravaler”, « nier » nos émotions. Bien sûr, il sera d’autant plus compliqué d’accueillir les émotions des autres, de voir leur détresse et d’être empathique envers eux.

Encore une fois, le but n’est pas de nous culpabiliser. On fait tous de notre mieux, avec ce que nous avons reçu 😉, mais simplement de prendre conscience de ces petites phrases « anodines ». Plus on en sera conscient, plus cela sera plus simple pour nous de les éviter. 

Comment ne plus avoir recours à ces douces violences ?

Il faut bien l’avouer, ce n’est pas facile de trouver les ressources et les clés pour sortir de l’éducation « traditionnelle » que nous avons reçue et de cheminer vers une éducation bienveillante.

Sortir des violences éducatives : de la volonté et surtout de la constance

Agir différemment n’est pas simple. Toute notre bonne volonté et nos bons principes sont parfois mis à rude épreuve.

Quelques fois, nous sommes dépassés par les agissements « incompréhensibles » de nos enfants. Ses réactions émotionnelles nous laissent sans voix : il se roule par terre, tape, crie sans raison apparente. (Et oui le traducteur google pour colères et crises n’a pas encore été breveté ! 😉). Ou encore, sa vitalité nous épuise : il court, saute, chante à tue-tête alors que nous aspirons au calme et à la tranquillité.  

D’autres fois, c’est l’extérieur qui nous juge et nous explique ce que doit être l’éducation par des remarques amères et piquantes. « Tu devrais… », « De mon temps… ». Laissons aux autres la responsabilité de leurs propos, et restons convaincus du bienfondé de notre éducation. Nous n’avons rien à prouver !

D’ailleurs, si vous cherchez des cool parents pour partager une vision éducative pleine de joie et de respect, n’hésitez pas à embarquer dans le cool boost, une application développée par Cool Parents Make Happy Kids pour avancer ensemble, chaque mois, sur des petits points d’éducation positive ou de développement personnel. Faire des petits pas dans la bonne humeur, c’est bon pour le moral 😉.

Éduquer sans VEO, c’est possible !

En lisant cet article, vous avez déjà fait un premier pas. Pour commencer, nous pouvons déjà identifier cette violence éducative à laquelle nous avons peut-être recours et dont nous prenons conscience seulement maintenant. Oui, on peut affirmer notre autorité parentale sans passer nécessairement par la violence.

Changer notre façon de communiquer

Souvent, nos tournures de phrases jouent beaucoup. Remplacer le « tu » accusateur et moralisateur, par le « JE » est déjà une première étape. Par exemple : « que vous êtes fatigant (dit en criant) ! » peut être expliqué différemment : « je suis fatiguée, j’ai eu une dure journée. Le bruit est vraiment difficile à supporter pour moi, peut-on faire autrement ? Comment pourrait-on faire, vous avez une idée ? ». (Et pas « je n’en peux plus » qui ne permet pas à l’enfant de comprendre ce qu’il est sensé faire 😉).  Pour aller plus loin sur le sujet, vous pouvez lire l’article sur comment utiliser la communication non violente.

Alors oui parfois, me direz-vous, nous agissons un peu par réaction instinctive. Je me souviens avoir repoussé assez violemment Romain quand il m’avait mordu à pleine dent la cuisse (la douleur n’aidant pas !). Ce n’est pas toujours facile de trouver l’énergie d’expliquer, de bien tourner ses phrases… L’objectif n’est pas d’être un parent parfait (ce serait idéaliste, personne ne l’est) mais de faire en sorte de respecter nos enfants comme nous souhaiterions qu’ils le fassent.

S’imaginer dans un autre contexte pour détecter ces violences éducatives

À vrai dire, une bonne façon de détecter ces VEO, c’est de s’imaginer dans un autre contexte. “Et si mon enfant me disait cela ou disait cela à un copain, alors qu’est-ce que j’en penserais ?”,  “est-ce que je dirais cette phrase à ma collègue ou mon patron ?”, ou encore « Et si mon/ma chéri·e me disait ça? ».

Si on trouve que c’est irrespectueux, on peut tout simplement chercher à s’exprimer différemment 😉. Est-ce que nous aimerions que notre enfant nous dise “T’es méchant”, “Arrête de pleurnicher, c’est ridicule” ; ou dirions-nous à notre collègue : “Tu ne comprends rien, t’es bête ou quoi ? “ Tu n’avais qu’à écouter, je te l’avais dit !”, “C’est comme ça un point final, on ne discute pas !” 

Essayons de nous mettre à leur niveau, par notre attitude et notre intonation. En favorisant le dialogue, nous mettons les chances de notre côté pour qu’ils coopèrent. 

Mais tout cela ne se fait pas en un jour, c’est un long cheminement  ! Être parent se construit petit pas après petit pas. Et on n’est pas un mauvais parent parce qu’on se fâche, parce qu’on est fatigué un soir. Parfois, la bienveillance et l’empathie peut commencer à s’appliquer… à nous-même ! 🤗 (voir Guérir son Enfant Intérieur).

Commentaires

Commentaires

2 réponses
  1. Veronique
    Veronique dit :

    C’est en voyant mon deuxième de 18 mois s’en mettre à taper dans tous les sens (plus sa grande sœur et moi-même) quand il est en colère que je me suis rendu compte que ca n’allait pas dans l’education que je souhaite leur donner. Sans compter les phrases type « tu me fatigues » (heureusement qu’on ne s’insulte pas dans la famille !!) que la grande de 3,5 ans répète comme un perroquet à son petit frère… Avec le 3eme qui arrive bientôt, hors de question de continuer ainsi. Je vais profiter de mon congé maternité pour amorcer un gros changement puis congé parental pour continuer sur la voie ! 😀 Merci pour vos articles qui m’inspirent !

    Répondre
  2. Chang ParentaliteZen.com
    Chang ParentaliteZen.com dit :

    C’est un sujet qui divise pas mal ! Certaines personnes ne voient pas du tout le mal dans une petite tape, ou une humiliation verbale.

    Pour avoir des enfants qui se sentent lieux dans leur peau et coopère plus, il est plus efficace de les respecter.

    Très bon article en tout cas, merci ?

    Répondre

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