Avant de prendre le sujet à bras le corps, décortiquons d’abord ces trois mots juxtaposés : Violence Educative Ordinaire (nommée VEO). La violence éducative ordinaire regroupe toutes les formes de violences qu’elles soient physiques (claque, fessée, tape…), psychologiques (amour conditionnel, humiliation, chantage…) ou verbales  (insultes) utilisées envers les enfants dans un but éducatif communément admises et tolérées par la société (ordinaire). Des phrases toutes “bêtes”, mais si on y pense, assez blessantes “Continue comme ça et personne ne voudra de toi” “Tu ne peux pas faire comme ta soeur ?” “T’es insupportable ! ” (= On ne peut pas te S U P P O R T E R), “T’es bête ou quoi ?”, “Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?”…

Pour bon nombre d’entre nous, la violence éducative ordinaire reste un sujet vague et peu connu alors qu’il fait souvent partie de notre quotidien et ce depuis notre propre enfance.   

Je laisse la parole à Clémentine, maman de Romain 4 ans et Vincent 19 mois pour vous en dire un peu plus sur le sujet.

En France, les VEO font débat dans les plus hautes sphères de l’Etat. La France avance à petits pas. Ce 3 juillet, une nouvelle loi a été votée précisant que « l’autorité parentale doit s’exercer sans violence physique, ni psychologique ». Alors que de nombreux pays voisins ont voté des lois interdisant toutes formes de VEO, nous voyons bien que la France reste timide et relativement vague sur le sujet. Cette rédaction du texte législatif laisse toujours planer l’idée que dans notre pays le droit de correction est admis : c’est-à-dire que l’on tolère une forme de violence et/ou de pression psychologique dès lors que les vertus sont dites « éducatives ».

Pourquoi a-t-on recours aux VEO ?

Le sujet des VEO est houleux, les avis divergent souvent et soulèvent parfois des discussions animées. Qui n’a jamais entendu dire : « j’ai reçu des fessées quand j’étais petit et cela ne m’a pas traumatisé, regardez aujourd’hui je ne m’en sors pas trop mal ». Evidemment, c’est la première raison pour laquelle nous avons recours aux VEO : nous répétons ce que nous avons vécu. Pour la plupart d’entre nous, sans en avoir conscience, les VEO faisaient partie de notre quotidien. Nous avons grandi avec cette éducation que l’on peut qualifier de « traditionnelle ». Nous ne la remettons pas nécessairement en question, étant persuadés inconsciemment que ces violences étaient méritées puisqu’elles avaient pour but de nous éduquer. 

Dans la vision classique de la famille, et de la société en général, l’adulte a une position de dominant. L’enfant est perçu comme un petit être en proie à des émotions ingérables qu’il faut éduquer à tout prix. Ce rapport de force entre adulte (parents ou professionnels de l’enfance) et enfant est inscrit dans notre histoire

De plus, il persiste dans les esprits qu’un enfant peut manipuler un adulte. Cette idée est souvent relayée par des professionnels de la petite enfance (enseignant, nourrice, médecin…). Pour ma part, je me suis déjà entendue dire : « il faut être plus ferme », « ne te laisse pas faire, ce sont les parents qui décident »… Alors que dans certaines situations, je ne voyais pas réellement de problème. Malgré tout, ce genre de remarques ne laisse pas indifférent. J’ai remarqué que mon comportement vis-à-vis des enfants avait tendance à changer. Par peur de cette idée d’avoir un « enfant roi » ou un « enfant tyran » ou par peur d’être perçue comme « laxiste ». J’avais tendance à affirmer plus fermement mes positions. Catherine GUEGUEN dans son livre « pour une enfance heureuse » démontre à quel point cette fausse image et ces fausses étiquettes, que l’on attribue aux enfants, alimentent ce rapport de force entre parent et enfant. cool coaching

L’impact des VEO sur les enfants

Ce qu’il faut comprendre, c’est que bien souvent nous agissons par méconnaissance. Nous ne voyons pas réellement les impacts de ces violences, physiques ou psychologiques, sur nos enfants. Ce que l’on sait c’est que l’enfant porte beaucoup d’importance aux critiques des adultes. Eh oui, nos petits bambins se construisent aussi un peu à travers nos yeux. Ils n’ont pas encore les capacités de prendre du recul sur nos paroles. Ainsi, les VEO impactent souvent la confiance en soi et l’estime que l’enfant aura en lui-même. 

Evidemment rien n’est figé, chaque enfant réagit différemment et fera son chemin. Cependant, il est difficile d’imaginer qu’un enfant qui entend à longueur de journée (de la part de ses parents ou de la nourrice ou de l’enseignant) des paroles parfois très anodines telles que : « t’es bête ou quoi ? », « tu me fatigues », « j’en peux plus de toi », « tu n’arrives à rien » … puisse se construire de manière solide avec une belle image de lui. Son parent, la personne qui dit l’aimer par-dessus tout, la nourrice qui doit le materner ou l’enseignant qui doit lui apprendre, lui renvoie une vision très négative. L’enfant prend souvent cela pour argent comptant et se construit autour de l’image que l’adulte lui renvoie. Ainsi, plus notre regard et nos paroles seront bienveillants sur l’enfant, plus son estime de lui sera renforcée. Cependant, n’oublions pas qu’une fois grand, l’enfant aura toujours la possibilité de gagner confiance en lui, et de se débarrasser de l’image qu’il avait de lui enfant.

L’autre point que l’on peut souligner, c’est que notre enfant apprend par imitation donc si nous cherchons à obtenir des choses par la force, la violence, le chantage ou la menace, il y a de fortes chances pour qu’il utilise le même type de fonctionnement avec les autres. De même si l’on réprime chez lui les comportements qui ne nous plaisent pas en le mettant à l’écart ou en le rabaissant, il y a de fortes chances pour qu’il ait du mal à être tolérant avec ceux qui ne se comportent pas de la “bonne façon”. Pourquoi agirait-il autrement puisque c’est ainsi que l’on agit avec lui ?

La dernière conséquence, que ces VEO peuvent avoir sur les enfants, est que bien souvent elles les coupent de leurs émotions. Dans l’éducation traditionnelle, les émotions comme la colère, la tristesse, la peur sont considérées comme “négatives” et n’ont pas lieu de s’exprimer : “c’est ridicule de pleurer pour ça”, “tu n’as pas mal” (alors qu’il vient de tomber), “tu arrêtes tout de suite ta colère”, etc. Difficile alors d’apprendre à s’écouter ou d’exprimer son mal être quand cela a été montré du doigt quand nous étions enfants et que nous devions “ravaler” nos émotions. Il sera aussi d’autant plus compliqué d’accueillir les émotions des autres et de voir leur détresse et d’être empathique envers eux.

Le but n’est pas de nous culpabiliser, (on n’est pas tous égaux et on est très influencé par la façon dont nos propres parents se sont comportés avec nous) mais simplement de prendre conscience de ces petites phrases « anodines ». Plus on en prendra conscience, plus cela sera plus simple pour nous de les éviter. 

Comment ne plus avoir recours au VEO ?

Il faut bien l’avouer, ce n’est pas facile de trouver les ressources et les clés pour sortir de l’éducation « traditionnelle » que nous avons reçue. Agir différemment n’est pas simple. Toute notre bonne volonté et nos bons principes sont parfois mis à rude épreuve soit de l’extérieur par des remarques amères et piquantes, soit par les agissements quelquefois incompréhensibles de nos enfants (et oui le traducteur google pour colères et crises n’a pas encore été breveté !).

Nous sommes parfois démunis, fatigués et à bout de solutions.

En lisant cet article, vous avez déjà fait un premier pas. Pour commencer, nous pouvons déjà identifier les VEO auxquelles nous avons peut être recours. Souvent, nos tournures de phrases jouent beaucoup. Remplacer les « tu » accusateurs et moralisateurs par le « je», peut être une première étape. Par exemple : « que vous êtes fatiguant (dit en criant) ! » peut être expliqué différemment : « je suis fatiguée, j’ai eu une dure journée, le bruit est vraiment difficile à supporter pour moi, peut-on faire autrement ? Comment pourrait-on faire, vous avez une idée ? ». Pour aller plus loin sur le sujet vous pouvez lire l’article sur comment utiliser la communication non-violente.

Alors oui parfois, me direz-vous, nous agissons un peu par réaction instinctive. Je me souviens avoir repoussé assez violemment Romain quand il m’avait mordu à pleine dent la cuisse (la douleur n’aidant pas !). Ce n’est pas toujours facile de trouver l’énergie d’expliquer, de bien tourner ses phrases… L’objectif n’est pas d’être un parent parfait (ce serait idéaliste, personne ne l’est) mais de faire en sorte de respecter nos enfants comme nous souhaiterions qu’ils le fassent.

À vrai dire une bonne façon de voir si la façon dont on parle à notre enfant est respectable, c’est tout simplement de se demander “si mon enfant me disait cela ou disait cela à un copain, alors qu’est-ce que j’en penserais ?” ou “est-ce que je dirais cette phrase à ma collègue ou mon patron ?”. Si on trouve que c’est irrespectueux, eh bien on peut tout simplement chercher à s’exprimer différemment 🙂 Est-ce que nous aimerions que notre enfant nous dise “T’es méchant”, “Arrête de pleurer c’est ridicule” ; ou dirions-nous à notre collègue : “Tu ne comprends rien, t’es bête ou quoi ? “ Tu n’avais qu’à écouter, je te l’avais dit !”, “C’est comme ça un point final, on ne discute pas !” 

Essayons de nous mettre à leur niveau, par notre attitude et notre intonation. En favorisant le dialogue, nous mettons les chances de notre côté pour qu’ils coopèrent. 

Mais tout cela ne se fait pas en un jour, c’est un long cheminement  ! Être parent se construit petit pas après petit pas. Pour vous aider à aller plus loin inscrivez votre adresse mail ci-après, nous vous envoyons gratuitement le pack « OUI PAPA, OUI MAMAN ». Vous y trouverez les premières clefs pour faire coopérer vos enfants dans la bonne humeur plutôt que par la force :

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Commentaires

Commentaires

2 réponses
  1. Veronique
    Veronique says:

    C’est en voyant mon deuxième de 18 mois s’en mettre à taper dans tous les sens (plus sa grande sœur et moi-même) quand il est en colère que je me suis rendu compte que ca n’allait pas dans l’education que je souhaite leur donner. Sans compter les phrases type « tu me fatigues » (heureusement qu’on ne s’insulte pas dans la famille !!) que la grande de 3,5 ans répète comme un perroquet à son petit frère… Avec le 3eme qui arrive bientôt, hors de question de continuer ainsi. Je vais profiter de mon congé maternité pour amorcer un gros changement puis congé parental pour continuer sur la voie ! 😀 Merci pour vos articles qui m’inspirent !

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  2. Chang ParentaliteZen.com
    Chang ParentaliteZen.com says:

    C’est un sujet qui divise pas mal ! Certaines personnes ne voient pas du tout le mal dans une petite tape, ou une humiliation verbale.

    Pour avoir des enfants qui se sentent lieux dans leur peau et coopère plus, il est plus efficace de les respecter.

    Très bon article en tout cas, merci 🙂

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