Histoire pour dormir

L’histoire du soir est un moment unique de partage et de douceur avec nos enfants. Un moment câlin. Un moment complice. C’est un moment rituel pour se confier, pour se laisser aller. Et si, en plus de ce moment de calme, nous profitions pour emmener notre enfant sur les chemins de son monde intérieur. En lisant ou en inventant des histoires, rien que pour lui, nous pouvons lui donner des clés pour répondre à des questionnements du quotidien. Ce soir, c’est Caroline, maman de Noé, Isïa et Sidney, qui nous raconte une courte histoire pour dormir.

Un soir où mon fils Noé avait du mal à lâcher prise sur des déceptions relationnelles, j’ai essayé d’insuffler le “Travail” de Byron Katie, un bel outil de questionnement qui vise à nous aider à voir la réalité en laissant de côté nos pensées. Une approche très CNV qui nous redonne de l’énergie pour nous prendre en main. Je compte sur votre indulgence 😉

Il était une fois une jolie licorne du nom de Lucie qui avait un mignon petit frère. Il était gentil et elle l’adorait. Mais aujourd’hui, Lucie aurait bien aimé avoir sa maman pour elle toute seule car… c’était son anniversaire. 

Oui, mais voilà. 

Plume, son petit frère, était malade aujourd’hui. Pleins de petits points rouges avaient poussé sur son corps. Et Maman n’avait d’yeux que pour lui.

Un peu triste, Lucie partit pour l’école.

Là, elle retrouva Hélène, son amie hérisson. Avec Hélène, c’était toujours la fête. Elles se connaissaient depuis toute petite et elles se comprenaient sans échanger un mot. Mais ce matin, Hélène était très concentrée à jouer avec Marie la souris. Un clin d’œil par ci, un coup de coude par là… Souris et hérisson rigolaient tant et si bien qu’elles ne virent même pas Lucie et son air triste.

Déçue de ne pouvoir se confier à son amie, la licorne reprit son chemin, encore plus triste.

Elle continua à marcher longtemps, longtemps… 

Elle traversa le grand jardin multicolore. 

Elle observa les papillons qui virevoltaient de fleur en fleur. 

Elle suivit la famille chenille en route pour tricoter leur cocon. 

Deux lièvres farceurs jouant à saute-mouton passèrent à côté d’elle sans même la regarder.

Décidément, Lucie Licorne se trouvait bien seule. 

Elle alla s’abriter sous un arbre dans la forêt pour pleurer. 

Entre deux sanglots, elle entendit « pssst…. PSSST… »

Elle s’arrêta pour mieux écouter… 

« Hey, Ho ! »  faisait la voix. « Ça n’a pas l’air d’aller !? »

Elle leva la tête.  Là, un minuscule écureuil volant la regardait du haut d’une branche.

 

  • Non, sanglota Lucie. Personne ne m’aime et je suis toute seule !
  • C’est vrai ? Personne ne t’aime ? Vraiment ?
  • Non (sniff sniff), ce matin mon petit frère est malade et ma maman ne s’occupe que de lui alors que c’est MON anniversaire !
  • Ah oui ?
  • Oui ! Et en plus, mon amie Hélène ne veut pas jouer avec moi ! Elle était trop occupée à s’amuser avec Marie !
  • Ah bon ? répondit l’écureuil d’un air désolé. Alors personne au monde ne t’aime, c’est bien ça ?
  • Bah… Enfin, si ! Ma maman m’aime, mais elle doit s’occuper de mon petit frère qui est malade. Et puis mon Papa aussi…
  • Ohhh… l’encouragea l’écureuil en sautant sur la branche d’en face.
  • Et en fait, je ne suis pas sûre que mon amie m’ait vue quand je suis arrivée. Elle était très occupée à jouer.
  • Ah ? Tu vois quelque chose que tu pourrais faire ?
  • Ben, je suppose que je pourrai voir si je peux aider maman, il est vraiment pas bien Plume ! Ou alors je peux demander à papa s’il veut bien m’accompagner pour mon anniversaire ! Et puis, je peux peut-être demander à mes amies si je peux me joindre à elles, c’est plus drôle de jouer à plusieurs en vrai…

Et au fur et à mesure qu’elle trouvait de solutions, l’écureuil voyait apparaître un magnifique arc-en-ciel qui partait de la corne de Lucie Licorne…

Ébloui par toutes ces idées, l’écureuil félicita Lucie et lui fit remarquer :

  • Tu as vu toutes ces couleurs autour de toi ? Je n’en ai jamais vu d’aussi vives !
  • Mais oui, c’est comme ça dans ma famille ! Plus on est heureux, plus on rayonne, plus on peut faire de choses et rendre les gens heureux…

Lucie Licorne remercia son nouvel ami pour son aide. Elle se mit à galoper dans la clairière, prit son élan et sauta sur l’arc-en-ciel qui la conduisait exactement là où elle avait envie d’aller !  

*Une histoire inspiré de “Tigrou Tigrou est-ce bien vrai” de Byron Katie

Pourquoi une histoire pour dormir ?

Les dents, une histoire et au lit ! Chaque soir, après la course de la journée, les fous rires, les devoirs, les moments drôles (ou pas ;-)), bref, les instants quotidiens, il y a un moment un peu à part. Un moment où l’on pose le téléphone, où l’on s’installe sur un matelas en serrant fort son Doudou et où l’on se raconte des histoires.

Ce petit rituel est un rendez-vous très important. C’est à la fois un instant douceur qui permet un retour au calme et signale à nos enfants que le moment du dodo approche. Cette routine, qui se répète chaque soir, permet à l’enfant d’appréhender les angoisses de la nuit et de verbaliser les tensions de la journée.

Lire un livre : l’embarras du choix

Ces fables, contes ou anecdotes de la vie courante, longtemps, je les ai lues. 

Du cadeau à la bibliothèque, du livre d’école au conte de fée, j’épluchais toutes les étagères en quête de jolies histoires pour nourrir l’imagination et la sensibilité de mes Loulous. Et il y a de quoi faire ! Des livres pour enfants magnifiques et poétiques qui stimulent la curiosité ou qui les accompagnent à travers les petits tracas et les grandes peurs

On peut les choisir pour la problématique qu’ils abordent, parce qu’ils sont drôles, parce qu’ils sont beaux, parce qu’ils aident à avancer… (retrouvez la sélection CPMHK en fin d’article).

Et puis, on le sait aussi, les contes pour enfants ont ce petit quelque chose de psychanalytique qui aident nos chers petits à grandir. Parce que soyons francs, même si ça se termine “bien”, la vie n’est pas un long fleuve tranquille dans les récits. Le Petit Poucet est abandonné avec ses frères. Cendrillon est reléguée au rang de servante pas sa belle-mère et ses demi-sœurs. Blanche-Neige doit s’enfuire dans la forêt pour ne pas se faire arracher le cœur… (Décidément les belles-mères ne sont pas cool dans la littérature 😉 )

Histoire pour dormir : et si on inventait ?

Un week-end de camping au bout du monde, j’ai été prise de court : pas de livre sous la main, pas de réseau sur le téléphone. Nous avons commencé à inventer ensemble une histoire à base des ingrédients de chacun : un écureuil volant (ça, c’est Noé), une licorne et son arc-en-ciel pour Isïa… Une sorte de “cadavre-exquis” racontée (si, si rappelez vous, c’est un jeu où chacun complète le texte de l’autre en ne voyant que la dernière phrase).

Quand on invente une histoire pour dormir, l’avantage est que l’on peut coller au mieux à ce que vivent nos enfants et les accompagner dans leur problématique du moment. Enfin, on peut… ou pas ! Car certains soirs, j’ai envie de porter “un message”, quelque chose qui les aide à réfléchir. Et d’autres jours, ça n’a ni queue ni tête, mais on l’invente ensemble et on rigole. 

5 astuces pour inventer une histoire

Pour imaginer une histoire rien que pour nos enfants, il y a plusieurs principes qui peuvent nous aider : 

Une situation insoluble ou tout au moins contradictoire. Cela crée une “tension dramatique” et donne du ressort à la narration. Imaginons “ un poisson qui ne sait pas nager” ou “une scie qui ne voulait pas couper”… De beaux rebondissements en perspective.

Des personnages attachants et profonds, proches de notre enfant et de ses centres d’intérêt. On peut s’inspirer des émotions que vit notre Loulou : la colère, la peur, la frustration… sans pour autant que cela ne tourne à la leçon de moral tous les soirs. 

Parsemez de pleins de jolis détails pour visualiser : les couleurs, les formes, les odeurs, les sensations, etc. Tous ces petits riens qui rendent un récit croustillant et donnent de quoi s’attacher.

Dernière astuce : ne pas avoir peur du ridicule. Allons-y complètement ! Les voix, les mimiques… Nos enfants adorent et ils en redemandent… 

Et dans la fratrie, on fait comment ?

J’avoue. C’est souvent plus pratique de raconter l’histoire du soir à tous en même temps. Le temps n’est pas extensible et si l’on veut garder un semblant de soirée avec SuperPapa avant de se crasher sur le canapé, la lecture en commun gagne de précieuses minutes. (Psst, si les problèmes persistent, contactez votre cool coach spécial sommeil 😉 )

Oui, mais parfois, je sens qu’un de mes enfants à plus besoin de ce petit moment pour lui tout seul. Parce qu’il traverse un moment un peu particulier, qu’il a besoin d’attention. Parce qu’ils ne sont pas sensibles aux mêmes récits au même moment. Parce qu’on n’a pas la même sensibilité et les mêmes problématiques à 5 ans qu’à 8 ans… Parce que, comme Lucie la Licorne, des fois on veut Maman (ou Papa) pour soi tout seul.
Quand c’est possible et qu’on est deux à gérer le coucher, on peut aussi faire chacun son histoire : Papa d’un côté, Maman de l’autre. 

Que l’on lise ou que l’on écoute, l’histoire du soir est un joli rituel à partager avec nos enfants. 

Et lorsqu’on a envie de raconter, n’hésitons pas. L’imagination, la narration, c’est comme tout, ça se travaille. Parfois, ça vient tout seul, et d’autres fois, c’est moins facile. Mais rappelons-nous qu’on a la chance que “notre public” évolue avec nous. C’est un critique très arrangeant, car il est au moins autant nourri par nos mots que par l’ambiance qui va autour : complicité, gaieté, apaisement…

 

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Commentaires

Commentaires

2 réponses
  1. Valentine - Parents en Equilibre
    Valentine - Parents en Equilibre says:

    Bonjour !
    Je suis d’accord, l’histoire du soir est importante. C’est un sas de décompression, un moment de partage où permettre à nos enfants (et à nous adultes) de s’apaiser et se calmer. D’ailleurs, il m’arrive d’avoir des bâillements à la chaîne au moment de l’histoire, signe que le système nerveux est contente de basculer en mode « calme ».
    Pour ce qui est d’inventer les histoires, j’adore le faire également. Des fois, c’est une demande de ma fille. On commence un livre, puis elle me demande de continuer « en n’importe quoi » !! Il suffit parfois de changer les prénoms des personnages pour que tou parte en live. C’est drôle.
    Merci pour cet article

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